36 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1808.
à l’Empereur : « Le voyage de mon fils, disait-elle, nous ayant laisséssans relais, ni rien de tout ce que nous aurions eu un urgent besoin. »
Ici il est impossible de ne pas remarquer qu’après le départ de Fer-dinand et de Godoy, il n’y avait rien de plus facile à l’Empereur quede.replacer sur le trône Charles IV , de lui imposer le renvoi de sonfavori, et de lui faire accepter la forme du gouvernement qui, bientôt,fut octroyée à l’Espagne . Napoléon eût dominé ce beau royaume par lebienfait de ses institutions, au lieu d’échouer dans son dessein de lesoumettre, et de l’irriter par la force de ses armes. Un conseil, unministère, eussent été'donnés au vieux roi. Les Espagnols retrouvaient,sous le sceptre de leur souverain, le sceptre de leur indépendance, etils auraient payé volontiers de leurs provinces limitrophes de la France la tranquillité qui leur eût été assurée. Enfin, ne pouvant pas craindreque Charles IV appelât ou reçût les Anglais en Espagne , l’Empereurvoyait alors toute sa politique satisfaite par la sécurité que lui inspiraitla situation des choses.
Au moment de quitter l’Espagne , Charles écrivit, le 17, à don An-tonio, qu’il avait protesté contre son abdication, laquelle était nulle soustous les rapports ; que sa protestation existait dans les mains de l’empe-reur Napoléon ; que son fils n’était point reconnu comme roi, et qu’a-vant de partir pour Bayonne , il reprenait le gouvernement. Le 28 avril,le roi, la reine et les infants arrivèrent à Vittoria, où les gardes ducorps, qui avaient escorté Ferdinand, se présentèrent pour faire leservice auprès de LL. MM. Mais le vieux roi n’a pas oublié qu’ils onttrahi leur devoir à Aranjuez ; il les congédie honteusement, et demandeune garde au général français Verdier. Le 30, le roi et la reine entrèrentà Bayonne . Le canon les annonça. Le prince des Asturies et don Carlosallèrent à leur rencontre. Aussitôt que LL. MM. furent parvenues àleur palais , tous les Espagnols se virent admis à la cérémonie du baise-main, après laquelle elles se retirèrent dans leurs appartements. Leprince des Asturies voulut les suivre; le roi l’arrêta, et lui dit en es pagnol : « N’avez-vous pas assez outragé mes cheveux blancs? » Ferdi-nand s’éloigna. Bientôt l’Empereur vint leur rendre visite. Dans cettepremière entrevue, qui eut le caractère d’une longue conférence, toutfut dit et décidé ; car le surlendemain Charles IV adressa à son fils uneespèce de manifeste, où, après avoir récapitulé les circonstances poli-tiques de l’Espagne depuis la paix de Bàle , et les griefs relatifs à la