HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1808. 37
conspiration de l’Escurial , il ajoutait : « .... J’ai dû me ressouvenir demes droits de père et de roi, je vous lis arrêter : je trouvai dans vospapiers la conviction de votre culpabilité. Mais sur la lin de ma car-rière , en proie à la douleur de voir mon fils périr sur l’échafaud, jefus sensible aux larmes de votre mère, et je vous pardonnai. On ca-lomnia même mes ministres auprès de l’empereur des Français , qui,croyant voir les Espagnes échapper à son alliance, et les esprits agitésmême dans ma famille, couvrit, sous différents prétextes, mes étatsde ses troupes.... Quelle a été votre conduite? Vous avez mis en ru-meur tout mon palais ; vous avez soulevé mes gardes du corps contremoi; votre père lui-même a été votre prisonnier. Mon premier mi-nistre, que j’avais élevé et adopté dans ma famille, fut traîné sanglantde cachots en cachots ; voûs avez flétri mes cheveux blancs ; vous lesavez dépouillés d’une couronne portée avec gloire par mes ancêtres,et que j’avais conservée sans tache.... J’ai eu recours à l’Empereur, nonplus comme un roi à la tête de ses troupes ei environné de l’éclat dutrône, mais comme un roi malheureux et abandonné. J’ai trouvé pro-tection et refuge au milieu de ses camps ; je lui dois la vie, celle de lareine et de mon premier ministre.... Mon cœur s’est ouvert tout entierà l’Empereur.... Il m’a déclaré qu’il ne vous reconnaîtrait jamais pourroi.... Il m’a montré des lettres de vous, qui font foi de votre hainepour la France .... En m’arrachant la couronne, c’est la vôtre que vousavez brisée.... Votre conduite envers moi, vos lettres interceptées, ontmis une barrière d’airain entre vous et le trône d’Espagne . Il n’est nide votre intérêt ni de celui des Espagnes que vous y prétendiez.... Jesuis roi du droit de mes pères. Mon abdication est le résultat de laforce et de la violence.... Je ne veux point léguer à mes sujets la guerrecivile, les assemblées populaires, les révolutions. Tout doit être faitpour le peuple, et rien par lui. »
On prétendit que cette traduction était l’original de la lettre du roi ason fils. Quoi qu’il en soit, le prince des Asturies adressa, le 5 mai, àl’Empereur, et le 6, à son oncle le régent, la lettre par laquelle il dé-clarait à son père qu’il lui rendait sa couronne. Mais le roi, après lacommunication que lui fit l’Empereur des nouvelles qu’il avait reçues dugrand-duc de Berg, du 2 mai, s’était hâté d’exercer l’autorité royalequ’il venait de recouvrer eu retirant la régence à don Antonio, et en ladonnant au grand-duc. Des troubles sérieux soulevaient la capitale ;