ns HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 4808.
trente à quarante mille hommes armés, citadins, soldats et campa-gnards , avaient tout à coup levé l’étendard de l’insurrection et attaquéles Français . On avait battu la générale et poussé le cri d’alarme dansles cinq camps qui entouraient la ville ; toutefois la garnison , forte seu-lement de trois mille hommes, était parvenue à comprimer la sédition,grâce au secours de l’artillerie française qui avait mitraillé dans les ruesles révoltés , et sauvé de leurs mains le parc et les fusils de l’arsenal,dont ils allaient s’emparer. Des charges de cavalerie vigoureusementconduites achevèrent de détruire ce qui ayait échappé à l’artillerie et àla baïonnette. Plusieurs milliers d’Espagnols périrent dans cette guerrecivile subitement improvisée, et les conséquences soudaines de leurmort justifièrent toute la portée de ce mot de Napoléon à Murat : S i jem'y présente en conquérant, je n'aurai plus de partisans. Dès ce jour la terred’Espagne , à laquelle renonçaient ses princes eux-mêmes, devint uneterre hostile contre les Français qu’elle avait appelés en libérateurs.Comme on l’a vu plus haut, le premier acte de la reprise de souverainetédu roi Charles avait été de donner la régence au grand-duc de Berg en laretirant à un membre de sa famille ; le second et le dernier fut le traitésigné à Bayonne , le 5 mai, par lequel Charles disposait de sa couronneen faveur de l’empereur Napoléon. Ce traité fut négocié par le généralDuroc, grand maréchal du palais, et le prince de la Paix. Il était justeque le ministre qui avait causé la ruine du trône des Espagnes en né-gociât l’abandon. Le 10 mai suivant, se régla entre le général Duroc etdon Juan d’Esco'iquitz un autre traité par lequel Ferdinand adhérait,ainsi que ses frères, au traité de cession du royaume d Espagne fait parleur père. Ainsi sc termina la vengeance du père sur le fds , du fils sui-te favori, du favori sur le prince héréditaire, et celle de la reine, plusimplacable encore, parce qu’elle a sacrifié à ses ressentiments la haineinvétérée qu’elle portait à la France , et parce qu’elle a oublié depuislongtemps qu’elle était la femme de Charles IV et la mère de Ferdinand.Après ces deux traités, les deux cours se séparèrent. Le roi, sou épouse,la reine d’Étrurie, son fils et sa fille, l’infant don François de Paule etle prince de la Paix partirent pour le château de Compiègne ; le princedes Asturies, accompagné de son frère don Carlos et de son oncle donAntonio, partit pour le château de Yalençay, appartenant, à M. Talley-rand. Ce fut de cette résidence que, le 22 juin, Ferdinand écrivit àl’Empereur : « .... Je fais aussi à .V. M. I., tant au nom de mon frère