HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1808. 61
prince des questions qui n’étaient ni philosophiques, ni littéraires, tellesque celle de la réorganisation de la patrie allemande luthérienne ; maisque Napoléon éconduisit cette proposition au nom de la foi qu’il devaità la Prusse par le traité de Tilsitt. On attribua depuis à ce refus loyalla conjuration du Tugendbund prussien, qui dès lors s’organisait pour undessein bien différent de celui de venger la maison de Brandebourg.
Napoléon attachait à cette entrevue d’Erfurt , placée sur le théâtre desa gloire , un tout autre intérêt que celui d’y recevoir de vains hom-mages , et de présider avec Alexandre un congrès de rois et de souve-rains, dont aucun n’était initié à leurs secrètes délibérations. Sa grandeaffaire, but constant de sa politique, de ses victoires, celle qui seule l’a-vait précipité dans l’abîme de la double guerre de la Péninsule , c’étaitla paix générale. Napoléon savait bien qu’il n’avait pas plus besoin pourrégner de joindre à la France les royaumes d’Espagne et de Portugal,que ceux de Prusse, de Bavière et de Wurtemberg. Cette Espagne ,quoique devenue pour lui une royauté de famille par l’avénement deson frère ; ce Portugal , quoique ouvert à ses armées par la fuite de lamaison de Bragance, ne formaient dès le principe, on ne peut trop lerépéter, que des compensations qu’il voulait amasser pour la paix avecl’Angleterre. L’Empereur ne regardait ces deux pays que comme deschamps de bataille britanniques qu’il se proposait de rendre à leurspossesseurs naturels le jour où il signerait le traité du repos de laterre. Pressés du désir de hâter ce résultat de leurs communs efforts,le 12 octobre, les deux empereurs, alors unis par un seul intérêt, écri-virent au roi d’Angleterre pour le prier d’écouler la voix de l’humanité enfaisant taire celle des passions; de chercher, avec l’intention d’y parvenir, àconcilier tous les intérêts, et partant de garantir toutes les puissances gui exis-tent et assurer le bonheur de l’Europe .... Beaucoup d’états ont été boulever-sés, déplus grands changements encore peuvent avoir lieu, et tous contrairesà la politique de la nation anglaise. ... Le ministre britannique réponditle 28 : Le roi a fait reconnaître à chaque occasion ses désirs et sa volonté d’en-tamer une négociation pour la paix générale, à des conditions qui pussent êtrecompatibles avec la tranquillité et la sûreté de l’Europe .... Le roi d’Angle-terre, ayant pris des engagements avec les rois de Portugal, de Sicile et deSuède, et avec le gouvernement espagnol actuel, il doit leur être permis deprendre part à la négociation à laquelle S. M. B. a été invitée. Cependantles deux empereurs n’auraient satisfait que trop imparfaitement leur