180 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1812.
contre l’Angleterre. Quant à l’entrevue d’Erfurt , où Alexandre avait mon-tré des dispositions si favorables , elle n’avait été pour ce prince qu’unvoile spécieux jeté sur sa politique. Le système continental imposait unedure condition à la Russie , mais cette condition sans doute était main-tenant juste à ses yeux, puisqu’elle l’avait acceptée. La Russie eutd’autant plus de raison de signer le traité de Tilsitt, que sur son refusl’empereur Napoléon , au lieu de suivre contre elle dans ses déserts unelutte qu’elle ne pouvait soutenir, se serait probablement décidé à former,avec les démembrements de la Pologne et de la Prusse , ce grand étatintermédiaire qui, protégé par une armée française permanente et gar-dienne de sa frontière, jusqu’au moment où l’armée nationale auraitacquis toute la force nécessaire , serait devenu pour toujours la sauve-garde de la civilisation et de la paix du continent ; et plût à Dieu queNapoléon eût pris une résolution si haute et si sage à la fois ! Le cabinetrusse prévit cette terrible conséquence d’un refus qui ne lui avait pasréussi après Austerlitz, et il s’humilia sous la loi de Tilsitt. Il jugeahabilement qu’il était question, sur le radeau du Niémen , ou de fairepartie de la patrie européenne, ou d’en être exilé à jamais, et de perdreen un moment l’héritage politique de Pierre et de Catherine. La foipunique présida au traité, la Russie y souscrivit, déterminée en secretà l’éluder d’abord, et à le rompre ensuite avec éclat. La France netarda point à pénétrer les dispositions de cette puissance. La conduitede la Russie, pendant la campagne de 1809, ne permit plus cà Napoléon dedouter qu’elle ne fût bien éloignée de vouloir contribuer à l’abaissementde l’Autriche , qui cependant venait de faire une guerre d’invasion à laFrance , son alliée. En 1810, l’expression delà politique russe fut plusprononcée : le 19 décembre, elle avait brisé le nœud de Tilsitt par unukase qui ouvrait ses ports à l’Angleterre et les fermait à la France . Laréunion de ses armées sur les frontières de la Lithuanie , et la menaced’envahir le grand-duché de Varsovie , sous le prétexte d’indemniser leduc d’Oldembourg , signalèrent depuis l’énergie des nouveaux conseilsqui dirigeaient la cour de Saint-Pétersbourg . Dans le mois de février1811, Napoléon avait cru devoir non-seulement demander à la Russie des explications sur le prodigieux changement opéré dans son systèmeà la fin de 1810, mais encore engager le roi de Saxe à concentrer surla Yistulc les troupes du duché de Varsovie pour les mettre à l’abri d’uneattaque soudaine.