HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1812. 195
perdre la route de Moskou, a envoyé Bagration s’en saisir, et reste enréserve sur les hauteurs de la rive droite, Napoléon juge qu'il faut re-noncer à une Bataille générale, et se résout à enlever Smolensk . L’ac-tion commence le 17, à deux heures après-midi, par l’attaque des fau-bourgs de Roslaw et de Mitislaw, confiée aux généraux Morand et Gudin.Sur la gauche du Dnieper , Ledru, placé sous les ordres du maréchalNey, pénètre dans le faubourg de Krasnoï ; nous trouvons partout uneopiniâtre et forte résistance. Vers notre droite, les Polonais, que con-duit Poniatowski, enflammés à la vue de Smolensk , théâtre des exploitsde leurs pères, et attachée pendant un siècle à la Lithuanie , envelop-pent le faubourg Nicolskoï, où ils font un affreux carnage. Alors la ca-.valerie du général Bruyères, ayant chassé celle des Russes des abordsdu faubourg de Raczewska, occupe un plateau qui domine la ville ;c’est de là que bientôt une batterie de soixante pièces tire à mitraille surles masses qui couvraient le bord opposé. Une vive fusillade se fait en-tendre. À cinq heures, tous les faubourgs de la rive gauche sont em-portés avec la plus rare intrépidité, sous les yeux de l’Empereur, quivoit l’ennemi acculé au pied des murs. Le corps tout entier de Baggo-wouth vient au secours de Doctoroff, réduit à la dernière extrémité.Le prince Eugène de Wurtemberg, avec une divisiou de grenadiers,s’élance pour disputer à Davoust la porte Malakouska ; d’un autre côté,le maréchal Ney, devenu maître d’une position hors de Smolensk , aprèsun combat obstiné, va pénétrer par la brèche du bastion ; un nouveaurenfort s’oppose à son dessein tandis que deux bataillons de la garde russesecondent ceux qui luttaient à la porte Nicolskoï contre les Polonaisvictorieux. A six heures du soir, le canon bat les murailles de la ville;des obus dépostent les Russes des ouvrages avancés ; en môme temps,les batteries, disposées par le général Sorbier, enfilent tous les cheminscouverts, dont l’occupation devient dès lors impossible aux ennemis.L’assaut se prépare. Pour rendre décisif l’effet de cette terrible résolu-tion , et enfermer la garnison dans un cercle de feu dont elle ne puissesortir, nous avons resserré la place du côté du Dniéper , et nos piècesfoudroient les passages des ponts. Smolensk , qui ne saurait nouséchapper, va nous livrer les restes formidables de ses quarante milledéfenseurs; mais Bardai les rappelle à la faveur de la nuit. Nous en-trons dans Smolensk au milieu des flammes et des débris qu’elles ache-vaient de dévorer. Cette journée où cent mille hommes furent engagés
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