19G HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1812.
de part et d’autre, attestait notre supériorité sur un ennemi protégépar des fortifications, par un grand fleuve, et par tous les avantagesd’une position admirable ; elle causa des pertes immenses aux Russes ,et nous coûta aussi bien cher. Le récit d’une action aussi acharnée, quine donnait à Napoléon qu’une ville en cendres, produisit en France une impression douloureuse comme le bulletin de la bataille d’Eylau.Mais, en prenant possession de sa conquête, le soldat français , malgréle plus affreux spectacle offert à ses regards, marche fièrement au sond’une musique guerrière, et ne pense qu’à la gloire. Quelques-uns deses chefs seuls commencent à faire des réflexions pénibles et mêlées dequelque découragement. Napoléon demeure inébranlable dans ses des-seins , et non pas inaccessible à la pitié ; ses secours et ses ordres sau-vent tout ce qu’on peut sauver, hommes et choses, dans un tel désastre ;il est à la fois la providence des vaincus et des vainqueurs. Cependantil pousse en avant le prince d’Eckmübl, les divisions Gudin et Com-pans, la cavalerie du général Bruyères, et celle du roi de Naples, surles traces de Barclai de Tolly ; il commande encore au duc d’Abrantèsde se placer derrière l’ennemi, au delà des défilés de Yaloutina. Sicette manœuvre est exécutée, peut-être l’armée russe mettra bas lesarmes ; ou du moins elle éprouvera l’une de ces défaites dont on ne serelève jamais.
Barclai de Tolly s’était d’abord retiré sur Saint-Pétersbourg ; ensuiteil avait changé de marche, et opérait, pour se réunir à Bagration , surle chemin de Moskou. Napoléon , qui l’apprend, y envoie en toute hâte lemaréchal Ney. Celui-ci trouve, de hauteur en hauteur, un ennemi quirésiste et recule tour à tour; à chaque pas, le nombre augmente de-vant nous. Napoléon expédie des renforts à son lieutenant, et chargeen même temps le général Gourgaud d’aller s’informer de l’état deschoses. A minuit, cet officier revient. Les renforts sont arrivés; le ma-réchal a livré un combat aussi terrible que glorieux ; mais Junot, aprèsavoir passé le Dnieper au point indiqué, n’a voulu obéir ni aux in-stances du roi de Naples, ni aux ordres de l’Empereur. Il a préservéde la ruine, par sa coupable inaction, l’armée de Barclai de Tolly, sé-parée de celle de Bagration , divisée elle-même en deux parties, embar-rassée dans un étroit défilé, d’où elle ne peut sortir qu’homme àhomme, et dont la prévoyance du génie avait d’avance fermé l’issue.Napoléon se rend, le 20 août, auprès du maréchal Ney. Amis ou en-