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Tome second.
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204 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 4812.

le ravage et la flamme de maison en maison, de palais en palais. Cepen-dant les efforts de la garde et du duc de Trévise ont sauvé un quartierqui renfermait l’hospice des enfants trouvés. Mais toutes les pompes ontdisparu par les soins de Rostopchin ; nous ne pouvons lutter contre lefléau. Le 16, Moskou tout entier présente l’image d’une vaste fournaise ;au-dessus de cette ville roule un océan de feu qui, comme la bouched’un volcan, vomit des tourbillons de fumée et d’énormes débris avecun bruit horrible. Les flammes s’élancent, elles mugissent, elles courentdans tous les sens, et des milliers d’incendies partiels accroissent sanscesse l’incendie général, auquel le souffle des vents opposés commu-nique les mouvements contraires et les fureurs d’un ouragan. Quelspectacle pour Napoléon ! avec quelle douleur il sent alors l’impuissancede son génie, de sa volonté, de ses ressources et de ses soldats contreun tel désastre ! Accoutumé à tout regarder sans s’étonner de rien, ilconçoit d’autant moins cette détermination sans exemple, que jamaissemblable barbarie ne fût entrée dans sa pensée, même quand il eûtfallu acheter au prix de la ruine de Moskou l’empire du monde! « Quoi;brûler leur capitale! eux-mêmes! Quelle effroyable horreur! » s’écrie-t-il. L’armée, qui s’est épuisée en efforts inutiles pour sauver sa con-quête, tombe dans la stupeur. Au milieu de cette tempête, les exé-crables instruments du gouverneur sont saisis en flagrant délit ; Napoléon les interroge lui-même : ils avouent hautement leur crime et sont fiersd’avoir obéi aux ordres de Rostopchin; jugés par une commission mih-taire et fusillés sur l’heure, leurs cadavres disparaissent dans le gouffrede flammes qu’ils ont allumé.

Rostopchin n’est plus : mais pendant le séjour qu’il fit à Paris , depuisla chute de Napoléon , il osait publiquement prétendre à la gloire commeayant pris une des plus grandes résolutions qu’ait pu enfanter l’amourde la patrie. Vainement on a voulu lui chercher un complice, tantl’énormité d’un pareil crime paraissait trop forte pour peser tout entièresur un seul homme, sur un sujet. Mais par quelle politique, au nom dequelle morale et de quelle autorité légitime son maître aurait-il pu, auxyeux de sa nation, de ses boyards surtout,’ colorer une telle action?Quoi! ce monarque serait venu lui-même dans la vieille capitale del’empire enflammer toutes les âmes d'un généreux enthousiasme! ilaurait demandé, obtenu des habitants toutes les preuves, tous les sacri-fices d’un dévouement sans bornes, et dans l’instant où il invoquait au