HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1812. 221
les Russes . A la droite et sous les ordres du maréchal Mortier, les restesde la jeune garde que commandait le général Roguet, quelques centschevaux de Latour-Maubourg, une faible artillerie renforcée par cellede l’inébranlable Drouot, prêtaient dignement leur appui à tant de con-stance. Pendant ce temps, Claparède avec une poignée d’hommes défen-dait Krasnoë contre les tentatives multipliées du corps du général Rosen.Le nom, le génie et la présence de Napoléon purent seuls empêcher laruine inévitable de notre débris d’armée. Les Russes , terrassés d’admi-ration , ou frappés de terreur, reculèrent. Toutes les combinaisons deKutusoff pour nous envelopper furent dérangées : il suspendit les ordresdonnés à Tormasoff, et rappela au centre les principales troupes deMiloradoAvitch, comme s’il avait besoin de rassembler toutes ses forcescontre le petit nombre de braves qui restent au drapeau français. Leprince d’Eckmühl profita du départ de Miloradowitch, et, se frayantun passage, vint rejoindre le quartier général. Restait le duc d’Elchin-gen, qui avait quitté Smolensk un jour trop tard, par l’obstination deDavoust, et que Kutusoff espérait écraser au sortir de cette ville. Lesplus graves considérations empêchaient Napoléon de risquer une bataillegénérale, dont le succès même eût été un désastre.
Cependant toute l’armée de Kutusoff se trouve réunie ; elle nous en-vironne : nous n’avons plus qu’une seule issue. Napoléon , obligé de sa-crifier ses généreux sentiments au salut de son armée, partit avec savieille garde pour occuper Orcha menacé par les ennemis ; le corps deBarasdin suivit aussitôt ce mouvement. Mortier et le prince d’Eckmühlétaient chai’gés de tenir dans Krasnoë jusqu’à la nuit ; ils remplirentcette mission périlleuse avec une admirable constance : c’est alors qu’onvit, au commandement du maréchal Mortier, le général Laborde et troismille jeunes soldats se retirer au pas ordinaire devant cinquante millehommes et sous une grêle de balles et de mitraiUe. Ils sont sauvés,mais le danger du duc d’Elchingen s’augmente : le voilà seul en présencede Kutusoff, et sans aucun espoir de secours.
Le 18, l’avant-garde de Ney, touchant à Krasnoë, arrive à portéede mitraiUe d’une batterie de quarante pièces, qui croise sur la routeà travers un épais brouillard, et domine le dernier ravin que nousallons franchir. Les généraux Dufour, Ricard, Barbanègre, le colonelPelet, entraînent le 15 e léger, le 33 e et le 40% qui, s’élançant sur lesbatteries, renversent jusqu’à trois fois la première ligne de Milora-