224 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 4812 .
rectiou, afin d’occuper ensuite la ligne de la Bérésina. Mais un nom eaumalheur est survenu : pendant la marche du duc de Reggio, Oja-rowski, détaché par Kutusoff, s’est emparé de Borisow et de notreseul pont sur la Bérésina. T.e gouverneur de Minsk , retiré à Borisow,y était demeuré pendant cinq jours sans prendre aucunes mesures, etn’en avait pris encore que de dangereuses ou d’incomplètes en face mêmede l’ennemi. Dombrowski, arrivé à minuit de son propre mouvement,avait fait des dispositions dignes d’un vieux soldat de l’armée d’Italie:peu s’en était fallu que la victoire ne restât au courage de ses troupeset à son habileté ; mais sur le soir, dix mille hommes d’infanterie et sixmille de cavalerie, aux ordres des généraux Lambert et Langeron,émigrés français , avaient enfin triomphé de sa faible division, épuiséepar dix heures du combat le plus acharné. Le 22, Napoléon apprendcette triste nouvelle sur la route de Kokanow à ïoloczin ; le duc deBeggio, qui l’annonce avec douleur, se rapproche de la Bérésina, aprèsavoir culbuté et repoussé au delà de Borisow la division Lambert, com-mandée par le général Palhen; Tchitchagoff, qui l’avait jetée en avant,n’a trouvé de salut pour lui qu’en faisant brûler une partie du pont etétablir des batteries sur la rive escarpée du fleuve. De son côté, le ducde Bellune vient de remporter sur Wittgenstcin un brillant avantage àSmoliany ; heureux s’il eût accompli plus tôt ce que l’Empereur luiavait plusieurs fois prescrit ! Instruit du mouvement de Kutusoff versSenno, ce maréchal a commencé sa retraite et arrive à Ratuliczi, où ilprendra l’arrière-garde. Ainsi, la mollesse ou la perfidie du prince deSchwartzemborg, le défaut de concert entre les ducs de Bellune et deBeggio, la lenteur, les revers, la blessure de ce dernier maréchal quis’est laissé prévenir et battre à Polotsk ; la marche trop méthodique deSaint-Cyr , qui s’est contenté de substituer après sa première victoireune habile et glorieuse défense à une offensive hardie ; le manque d'unesurveillance sévère de la part du duc de Bellune sur les points confiésà sa garde, ses délais perpétuels qui ont fait perdre le moment d’agiravec vigueur et laissé amasser des forces qu’il n’a plus osé aborder;enfin, une espèce de fatalité attachée à l’exécution des ordres les plusimportants de Napoléon pendant cette campagne, ont amené le plusfuneste résultat : en face d’un grand fleuve qu’il faut franchir, les Fran-çais se trouvent resserrés entre Kutusoff, Wittgenstein et Tchitchagoff,à la tète de cent quarante mille combattants qui occupent tous les pas-