234 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1812.
l’honneur militaire , fut si fidèlement rapporté à la caisse de l’armée ,par chacun des dépositaires , à leur retour en France , qu’il ne manquapas une pièce d’or. A Kowno , les mêmes désordres , les mêmes reverset quelques prodiges de valeur, encore plus admirables qu’à Wilna. Iciil n’existe plus aucune ombre de la grande armée, tout a disparu ! Muratlui-même, l’intrépide Murat, oubliant sa gloire passée, a pour ainsidire déserté comme un soldat infidèle à son drapeau ; Ney seul, avecses aides de camp , entre dans la ville ; elle contenait une garnison detrois cents Allemands , et quatre cents hommes aux ordres du généralMarchand : il en prend le commandement. Les Eusses attaquent par laporte de Wilna ; Ney y court ; ses pièces sont enclouées , ses artilleursen fuite. Il appelle les Allemands ; la mort de leur chef blessé, qui sebrûle la cervelle, les met aussi en déroute. Il veut en vain les rallier ;alors ramassant leurs fusils, secondés de quelques officiers seulement,il ose affronter l’ennemi. Gérard accourt avec trente hommes, et faitavancer deux pièces d’artillerie légère ; à l’aide de ce faible secours ,Ney, redevenu grenadier, résiste aux Eusses , et tandis que Marchandvole , accompagné de son bataillon de recrues polonaises , au pont deKovmo pour reprendre le passage dont l’ennemi s’est emparé, lui, à latête d’une poignée de combattants, se maintient jusqu’à la nuit à laporte de Wilna, traverse Kowno et le Niémen , et atteint la rive amie.Marchand, de son côté, repoussé vers la route de Vilkowiky, inondéede Cosaques , se jette sur la droite dans les forêts prussiennes. Murat,parvenu à Gumbinen, dirige les restes des corps sur les différentesvilles qui bordent la Vistule ; mais le passage subit de l’atmosphère àune température plus douce, éprouvant tout à coup les soldats, causala mort des hommes les plus robustes qui avaient soutenu les rigueursd’un climat de fer.
Cependant une suspension d’armes a été conclue secrètement, à Tau-rogen , entre le général russe Diebitch , et le général prussien York,placé sous les ordres de Macdonald. Ce dernier, abandonné furtivementdans Tilsitt, le 31 décembre , se voit réduit à neuf mille hommes , ethors d’état de continuer les succès qu’il avait obtenus jusqu’alors surles Eusses. Il poursuit sa retraite sur Kœnigsberg , Labiau et Tente, oùil se trouve enfin aux prises avec Wittgeustein. Cette défection si inat-tendue , quoique tramée de loin, si contraire à tous les principes del’honneur, livrait aux ennemis la rive droite de la Vistule . Aussi le roi