256 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1813.pliées des Russes, et ouvrent à Napoléon les portes de AVeissenfels. Ala suite de cette brillante affaire, l’ennemi évacua toute la rive gauchede la Saale . Le même jour, le mouvement général s’exécutait sur toutela ligne française. Le duc de Tarente emportait Mersebourg de vive force,et en chassait les Prussiens d’York qui avaient déserté ses rangs sur leNiémen. Le général Bertrand entrait à Bernbourg et se rendait maîtredu pont d’Iéna. Le duc de Baguse occupait Kosen $ le duc de ReggioSaalfeld. La direction était sur Leipsick par Lutzen . Le maréchal Neydevait s’y porter de Weissenfels, et le vice-roi, de Mersebourg .
Le corps du prince de la Moskowa se remit en marche, et le 1 " maila division Souham , déjà aguerrie par le succès du 29, soutenue cettefois par la cavalerie du comte de Yalmy, et suivie des divisions Girardet Marchand, força les défilés de Poserna, que défendaient quinze millechevaux, une forte artillerie et une division d’infanterie sous les ordresdu général en chef Wittgenstein. L’ennemi appela vainement deux nou-velles divisions de cavalerie et une batterie de vingt pièces. Une batteriede douze de la garde impériale, dirigée par le général Drouot, fitreployer les Russes , et le corps du maréchal Ney continua son mouve-ment, le général Souham sur Lutzen , le général Gérard sur Pégau.Mais le succès coûta des larmes à Napoléon ; au commencement del’action, un coup de canon tua le duc d’Istrie qu’il avait envoyé recon-naître l’ennemi : il fut profondément affecté de la mort de ce vieux témoinde ses exploits d’Italie et d’Égypte . Réduit, faute de cavalerie, à nepoint poursuivre l’armée ennemie, et par conséquent à ignorer sa direc-tion, Napoléon marchait en quelque sorte à l’aventure, et dans la nuitil occupa avec la vieille et la jeune garde la petite ville de Lutzen , célèbredepuis deux siècles par la victoire et la mort de Gustave-Adolphe . Cesouvenir héroïque ne pouvait échapper à Napoléon : la jeune gardebivaqua non loin de la ville, sur la route de Leipsick, autour dumonument élevé à la mémoire du vainqueur des Impériaux. Ce fut làque le vice-roi revit l’Empereur. Ce rendez-vous auprès de la tombe d’ungrand homme de guerre était éloquent : les adieux de Napoléon et d’Eu-gène dataient de Smorgony! Napoléon coucha à Lutzen au milieu de cequi restait de sa vieille garde de Moskou !
La gauche de l’armée française s’appuyait à l’Elster et à l’armée duvice-roi, dont le quartier général était à Mersebourg . Le centre obéissaitau prince de la Moskoïva, qui s’était établi dans les villages de Caya,