260 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1813.
du comte de Lobau, dont le premier choc avait forcé les Prussiens,ne purent résister à de nouvelles troupes et à toute la garde prussienneils dùrent évacuer le village où l’ennemi rentrait pour la troisième fois.Les Français s’arrêtèrent à cinquante pas; et, s’étant reformés froide-ment à la voix du duc de Trévise et du comte de Lobau, ils se précipi-tèrent avec une intrépidité sans égale dans Kaya, où ils combattirentcorps à corps à l’arme blanche contre les vieux soldats des réservesprussiennes. Derrière eux sont les bataillons sacrés, la vieille garde,que commande Roguet. Il faut vaincre devant de pareils témoins! Dansle même instant, la détonation de soixante pièces de canon sur la gau-che annonce l’attaque de Macdonald. York et Wurtemberg sont chassésd’Eisdorf et de Kitzen , malgré la garde russe envoyée à leur secours.Le vice-roi a culbuté la droite des alliés, les vétérans prussiens ont périà Kaya : c’est leur centre. Leur gauche a été renversée par les divisionsBonnet, Morand et Compans. La bataille est gagnée sur tous les points.Les alliés sont rejetés sur leurs positions du matin. Yingt-cinq millemorts couvrent le champ de bataille qu’éclaire toute la nuit l’incendiede quatre villages ; c’est à la lueur de ces flammes dévorantes que Napo-léon fait expédier les nouvelles de sa victoire. Des courriers sont partispour Paris et pour Copenhague, pour Rome et Constantinople . Les sou-verains confédérés furent défaits à Lutzen avec deux armées de vieuxsoldats, vingt-cinq mille hommes de la première cavalerie de l’Europe ,et une immense artillerie, contre quelques divisions de conscrits armésde la veille. Avec ses cinq divisions et quelques centaines de chevauxbadois et hessois, le maréchal Ney avait résisté pendant trois heuresà tous les efforts des armées combinées. De son côté, le vice-roi avaitpuissamment contribué à la victoire, soit en culbutant l’aile droited’York , soit en coupant à l’ennemi toute retraite sur Zwenckau. Ledéfaut de cavalerie empêcha de poursuivre les vaincus ; et comme unegrande partie de celle de l’ennemi était intacte, l’Empereur ordonna àl’ar-mée de se former et de passer la nuit en carrés par divisions. Il fit plus, ilvoulut visiter les avant-postes pour s’assurer de la manière dont l’ar-mée se gardait. Grâce à cette prévoyance, la jeune garde, surprise surles neuf heures du soir par une irruption subite de la cavalerie desalliés, la repoussa et lui fit éprouver une perte considérable; toutefoison ne prit que les blessés, qui ne purent suivre la retraite de leurarmée.