316 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1813.
la porte opposée (celle de Saint-Pierre), et longe le boulevard de l’ouestpour gagner le faubourg par lequel l’armée s’écoule. Dans le trajet, ila pu connaître lui-même le véritable état des choses , et il pousse en-core l’attention jusqu’à envoyer le duc de Bassano rassurer le roi deSaxe. L’arrière-garde du duc de Baguse tient toujours en avant du fau-bourg de Halle, que Blücher a vainement tenté de forcer. Beymer oc-cupe le faubourg de Bosenthal; dans ceux de Tauclia et de Grimma , lemaréchal Ney lutte avec une constance sans égale contre les corps russesde Woronzow, les Prussiens de Bulow , et l’armée suédoise; Ponia-towski et Lauriston défendent de même les faubourgs du midi. Der-rière nous, les boulevards circulaires de la vieille ville sont intacts, etpeuvent se soutenir longtemps. Deux heures encore d’une pareille ré-sistance , l’arrière-garde est sauvée et se réunit avec tout notre maté-riel à l’armée , que Napoléon a déjà mise hors d’atteinte; car l’Empe-reur , sous les yeux duquel a été miné le premier pont, a donné l’ordreau commandant du génie de le faire sauter à la première approche del’ennemi.
Parvenu enfin à travers tous les obstacles au dernier pont, celui dumoulin de Lindenau , l’Empereur descend de cheval, place lui-mêmesur la route des officiers d’état-major, pour indiquer aux hommes iso-lés le lieu de la réunion de chaque corps, et s’occupe ensuite de dicterdes instructions au duc de Tarente qu’il charge du commandement enchef de toute l’arrière-garde. Accablé par les fatigues de la veille et parles émotions de la journée, Napoléon s’est endormi profondément aubruit du canon qni tonnait de toutes parts, quand tout à coup une ex-plosion plus forte se fait entendre ; aussitôt le roi de Naples, le duc deCastiglione, entrent chez l’Empereur et lui annoncent que le grand pontde l’Eister a sauté. Ainsi, près de vingt mille hommes, séparés à jamaispeut-être de lui, sont livrés au plus affreux désespoir; ceux-ci jurentde mouriî plutôt que de se rendre; ceux-là posent les armes; d’autres,jugeant aussi toute résistance inutile , se précipitent dans la Pleiss etl’Elster; mais pour la plupart les eaux bourbeuses de ces rivières de-viennent un gouffre où ils restent engloutis. Le maréchal Macdonaldpasse à la nage, le général Dumoutier se noie. Depuis le matin, Ponia-towski arrêtait les efforts des alliés par des prodiges de courage ; enapprenant que tout espoir lui était ravi, il dit à ses officiers : « C’estici qu’il faut succomber avec honneur. » A ces mots il s’élance suivi de