HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1814. 333
ges, de la Haute-Saône, de l’Isère, de la Drôme, du Jura, du Doubs ,du Mont-Blanc, de la Côte-d’Or, de l’Yonne , de l’Aube, du Haut et duBas-Rhin. On donne aux levées en masse de ces départements des offi-ciers et des généraux qui y sont nés ; le général Berckeim a sous sesordres toutes celles de l’Alsace. Dès le 8 janvier, un décret a mis enactivité les trente mille hommes de la garde nationale de Paris ; l’Em-pereur les commande en chef, et prend le maréchal Moncey pourmajor général. Cette armée est l’armée de la capitale; c’est elle qui, eu1789 a fait la révolution; mais jamais elle n’aura vu un plus grand péril.Les invalides de Fleurus, de Jemmapes, d’Arcole, d’Austerlitz, d’Iéna,d’Esling, de AVagram, de Friedland, et quelques-uns de Moskou ,demandent à partager les travaux de la défense nationale ; plusieurscentaines de ces vétérans généreux vont grossir les bataillons de l’arméeactive : « Le moment est venu, disait le Moniteur, où de tous les pointsde ce vaste empire, les Français qui veulent délivrer promptement leterritoire de la patrie et conserver l’honneur national que nous tenonsde nos pères, doivent prendre les armes et marcher vers les camps,rendez-vous des braves et des vrais Français . » En effet, malgré lesdiscours perfides des conspirateurs de Paris, c’était bien pour la France et non pour Napoléon que la nation était appelée aux armes.
La destinée de Napoléon dépend de la guerre et du congrès qui ensuivra toutes les phases ; heureux, il dictera encore la loi et renverrales étrangers de France pour n’y plus revenir; malheureux, il perdrasa couronne avec la douleur de voir le territoire sacré au pouvoir desalliés. Pour soutenir la guerre, il invoque son génie dont il a la con-liance d’obtenir de nouveaux prodiges ; mais en même temps la prudencelui conseille de ne rien négliger dans les négociations, de même quesa dignité lui prescrit de prendre une attitude convenable par unedéclaration franche de ses résolutions ; il fait donc écrire au duc deVicence :«.... La chose sur laquelle Sa Majesté est revenue le plussouvent, c’est que la France conserve ses limites naturelles.... Le sys-tème de ramener la France à ses anciennes frontières est inséparable ditrétablissement des Bourbons. Sa Majesté ne voit que trois partis : ou com-battre et vaincre , ou combattre et mourir glorieusement, ou enfin , sila nation ne la soutient pas, abdiquer....» Napoléon avait tout prévu, etne pouvait plus être surpris par aucune chance du sort.
Le 23 janvier, après avoir confié le roi de Borne et sa mère à la fidé-