Band 
Tome second.
Seite
340
JPEG-Download
 

340

HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1814.cette occasion d’échapper aux lenteurs et aux perfidies d’un congrès,et écrit directement à son beau-père, en lui envoyant une lettre deMarie-Louise . Il témoigne le plus vif désir d’entrer en arrangement avecl’Autriche ; mais, après ses huit jours de victoire, il compte traiter sui-de meilleurs bases que celle de Chàtillon, par lesquelles on lui dictaitles plus dures conditions. En même temps, et sous l’inspiration du re-tour de la fortune à ses drapeaux, il s’empresse de mander au duc deVicence : « Je vous ai donné carte blanche pour sauver Paris et éviterune bataille qui était la dernière espérance de la nation : la bataille a eulieu; la Providence a béni nos armes; j’ai fait trente à quarante milleprisonniers; j’ai pris deux cents pièces de canon, un grand nombre degénéraux, et détruit plusieurs armées, sans presque coup férir; j’aientamé hier l’armée du prince de Schwartzemberg, que j’espère dé-truire avant qu’elle ait repassé nos frontières. Votre attitude doit être lamême, vous devez tout faire pour la paix ; mais mon intention est quevous ne signiez rien sans mon ordre, parce que moi seul je connais maposition.... Je veux la paix; mais ce n’en serait pas une qui imposeraità la France des conditions plus humiliantes que celles de Francfort ....Je suis prêt à cesser les hostilités, et à laisser les ennemis rentrer tran-quilles chez eux, s’ils signent les préliminaires basés sur les propositionsde Francfort....» Napoléon a reconnu toute la force de la carte blanche,puisqu’il la révoque : dès ce moment seulement, elle n’existe plus pourlui, mais elle existe encore pour son plénipotentiaire jusqu’au 21, jouroù cette lettre lui parvient. Il fallait le courage d’obéir à Chàtillon auxordres de Troyes ; il fallait désintéresser l’Angleterre aussitôt la réceptionde ces pouvoirs illimités. Si, le 7, le 8 ou le 9, M. de Vicence avaitdéclaré à lord Castlereagh qu’il abandonnait, pour la paix, Anvers , laBelgique, le Rhin , la paix était faite, malgré Razumoxvski et Stadion.Le 8 mars, il n’est plus temps, et M. de Metternich le dit clairement;il écrit à M. de Vicence, de Chaumont : « .... Je ne doute pas que vousêtes journellement dans le cas de vous convaincre que l’Angleterre varondement en besogne ; le ministre actuel est assez fort pour pouvoir vou-loir la paix _ Pour arriver à celte paix, il faut également en vouloir les

moyens, et ne pas oublier que l’Angleterre dispose seule de toutes les com-pensations possibles.... » A Prague, M. de Metternich était l’intermé-diaire nécessaire de la négociation, aussi eut-on la guerre ; à Chàtillon,c’était lord Castlereagh : il n’eùt pas osé refuser une paix achetée par