HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1814. 355
départ. Talleyrand retarde assez le sien pour que la barrière lui soitrefusée. Il demeure à Paris afin de juger les événements. Le comité serallie autour de lui : la crainte, l’intérêt, l’ambition, tout, excepté lepatriotisme, appelle la foule dans son hôtel, devenu tout à coup lecentre d’un gouvernement inconnu, qui aujourd’hui agit et délibèremystérieusement, et demain rendra des oracles !
Le 30, après quelques heures de repos, Napoléon poursuit sa route.Qu’a-t-il besoin d’arriver avec une armée? Lui seul est l’armée qui peutsauver Paris. A quelques lieues de Troyes , il se jette dans une carriolede poste. A chaque relais, il demande où sont l’Impératrice et le roi deRome. On lui dit que sa femme et son fils ont quitté Paris , qu’on se bataux portes.... Il vole.... A dix heures du soir, cinq lieues seulement leséparent de Paris .... Dans une heure, il se verra à la tète des braves quidisputent la capitale aux coalisés. Il est trop tard de deux heures....^Paris vient de capituler !
Napoléon se trouvait à pied sur la route, au relais de Fontainebleau ,quand il reçut cette fatale nouvelle du général Belliard, que Paris a vufigurer parmi ses plus illustres défenseurs. Les courriers envoyés àParis , ainsi qu’à Mortier et Marmout, avaient été pris; ces maréchauxcroyant que l’Empereur, après la bataille d’Arcis, se reployait sur eux,étaient venus au devant de lui jusqu’à Fère-Champenoise, où, le 25 ,attaqués par la grande armée alliée, et par un effroyable ouragan quibattit le front de leurs troupes, ils résistèrent pendant plusieurs heures,et furent obligés de céder au nombre. Les généraux Pacthod et Ameyescortaient un convoi avec leurs divisions ; ils avaient en tout six millesoldats, dont les deux tiers, encore en habits de paysans, étaient desrecrues des départements de l’Ouest. Rencontrés par toute l’armée alliée,ils se disposèrent à vendre chèrement leur vie ; les gardes russes, prus-siennes, autrichiennes se brisèrent contre ces bataillons rustiques; lamêlée devint affreuse. Les hommes de toutes les nations assaillirentcette poignée de Vendéens qui, la veille du retour des Bourbons, jurè-rent de mourir pour Napoléon , refusèrent quartier, et périrent presquetous. Les généraux Pactliod, Amey, .Tamin, Delort, ïhévenot et Bouté,seuls encore debout au milieu de leurs carrés renversés à leurs pieds,tombèrent aux mains de l’ennemi. Ce combat héroïque, dont la fortunerendit l’issue si déplorable pour nous, avait fait éclater un tel achar-nement , que les alliés, ne pouvant se reconnaitre a cause de la variété