356 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1814.
des uniformes, se chargèrent entre eux. Le généralissime ordonna enconséquence à toute l’armée d’invasion de porter une écharpe blancheau bras gauche : cet ordre, deux jours après, reçut des conjurés deParis une perfide interprétation : ils dirent que les ennemis avaient ar-boré les couleurs de la maison de Bourbon.
L’armée avait honoré sa retraite sur Paris par de beaux combats àSézanne, à Chailly, à la Ferté-Gaucher, àTriport, à Meaux , à Ville-Parisis. Séparés l’un de l’autre à Nangis, Mortier avait marché parGuignes, et Marmont par Melun. Réunis à Brie-Comte-Robert , ilsétaient arrivés ensemble à Charenton où ils disposèrent leurs troupespour la bataille du lendemain, 30jmars ; cette bataille fut celle de Paris .Le 29, les alliés avaient afflué sur Paris par toutes les avenues du nordet de l’est. Cependant, dans cette terrible extrémité, les maréchauxparvinrent à réunir à leurs glorieux débris quelques miniers d’hommesdes dépôts, dix mille citoyens de la garde nationale parisienne et plu-sieurs compagnies d’artillerie spontanément formées par les généreuxélèves de l’École polytechnique . A la tête d’environ trente mille hommes,Mortier et Marmont engagèrent le combat à cinq heures du matin.Jamais les Français n’avaient déployé une plus brillante valeur : les vil-lages de Pantin et de Romainville , pris et repris plusieurs fois, étaientdemeurés à nos troupes. L’ennemi laissa douze mille tués sous les mursde Paris : la perte des nôtres fut moins considérable , quoiqu’ils ne sebattissent que pour mourir à la vue de sept à huit cent mille habitantsqui ne surent ni soutenir les vivants ni remplacer les morts. Le roiJoseph ni le général Clarke, ministre de la guerre, n’avaient organiséla défense matérielle de la capitale, malgré les moyens suffisants pro-posés par le comité. Le ministre avait refusé à vingt mille braves vingtmille fusils l’enfermés dans l’arsenal. A midi, la grande ville et la petitearmée se trouvèrent enveloppées par l’inondation étrangère, à Mont-martre , à Charonne, à Yincennes. Alors le roi Joseph, qui, en se de-mandant : « Que ferait mon frère à ma place ? » devait rester à son postejusqu’au dernier soupir, ordonna aux maréchaux de capituler, et se miten route pour la Loire. Clarke, celui des ministres dont la présence àParis était de premier devoir ; Clarke qui répondait surtout de Paris àl’Empereur, se hâta de suivre le prince fugitif qui n’avait pas sentibouillonner dans ses veines le sang de Napoléon .
Cependant, tandis que Marmont négociait un armistice, l’ennemi