HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1814. 365
compliquée dans ses chances , l’empereur Alexandre voulut réunir lejour même, 3 avril, les principales notabilités de Paris , et présiderun grand conseil de famille, où seraient portés et discutés les intérêtsde la France, tant par rapport à elle que par rapport à l’Europe :
« 11 faut décider, dit l’Empereur dans cette réunion, quel est le gouver-nement qui convient à la France pour remplir ces deux objets. »La discussion, entamée dans l’esprit de modération dont Alexandrevenait de donner l’exemple, fut suivie en toute liberté, et la balancedes opinions des étrangers penchait évidemment pour la régence. Maisle général Dessoles , nommé la veille au commandement de la gardenationale, prit la parole ; et, plaidant avec chaleur la cause de ceuxqui, comme lui, s’étaient aventurés dans l’œuvre de la restauration ,fit reprendre à la déclaration du 31 mars tout son empire. Ainsi leprocès fut jugé de nouveau contre Napoléon . Remonté dans ses appar-tements , l’empereur Alexandre reçut le duc de Yicence, et lui déclaraque Napoléon devait abdiquer. Le duc partit pour Fontainebleau .
Pendant que ces choses se passaient à Paris , l’Impératrice-régente,établie à Blois avec le gouvernement, faisait publier cette proclamation,dans laquelle elle plaçait les droits de son fils et sa personne sous lasauvegarde des Français :
« FbajNçais ,
« Les événements de la guerre ont mis la capitale au pouvoir del’étranger. L’Empereur, accouru pour la défendre, est à la tète deses armées si souvent victorieuses : elles sont en présence de l’en-nemi, sous les murs de Paris . C’est de la résidence que j’ai choisie,et des ministres de l’Empereur, qu’émanent les seuls ordres que vouspuissiez reconnaître. Toute ville au pouvoir de l’ennemi cesse d’êtrelibre, toute direction qui en émane est le langage de l’étranger, oucelui qu’il convient à ses vues hostiles de propager. Vous serezfidèles à vos serments ; vous écouterez la voix d’une princesse quifut remise à votre foi, qui fait sa gloire d’être associée aux destinéesdu souverain que vous avez choisi. Mon fils était moins sur de voscœurs au temps de vos prospérités ; ses droits et sa personne sontsous votre sauvegarde. »