364 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1814.
tion éclatante (les habitants de Paris et de toute la France . » Le mêmejour, à neuf heures du soir, le sénat, qui avait le mot d’ordre desalliés, déclara « Napoléon déchu du trône, le droit d’hérédité aboli dans« sa famille, le peuple et l’armée déliés envers lui du serment de fidélité. »Le lendemain, une assez forte minorité du corps législatif adhéra ausénatus-consulte. La cour de cassation envoya également son adhésion;il en fut de même de la part de la cour des comptes et de la courimpériale. Des milliers d’exemplaires du sénatus-consulte furentexpédiés dans les départements, aux armées françaises , aux arméesennemies et à tous les corps constitués, pour être simultanémentpubliés. Le premier secrétaire de Bonaparte , jadis son compagnon del’école de Brienne, Bourrienne, le jour de l’entrée des alliés, avait prisla direction des postes, que le comte Lavallette, ancien aide de campet l’ami de Napoléon , avait dû quitter le matin pour sa propre sûreté;la poste était devenue ainsi un puissant agent de la trahison domestiqueet de l’occupation étrangère. Toutefois il répugnait à la morale politiquede cette époque de constituer un pays uniquement sur la désertion.Les souverains alliés, les princes de la maison de Bourbon, ce gouver-nement provisoire lui-même, bien qu’éphémère, ne pouvaient regarderces apostasies, les uns comme une garantie suffisante de leur triomphe,les autres comme un gage certain (l’une fidélité si subite, le dernierenfin comme une sanction de ses actes.
En effet, il est de l’essence des choses, et surtout des choses poli-tiques, que le moindre obstacle suffise pour les arrêter dans leurmarche précipitée. Prévenu par le comité de défection, qui, suivantsa tactique, occupait toutes les avenues des souverains alliés, le ducde Yicence venait, à la vérité, de se voir enlever à l’improviste lacause personnelle de Napoléon ; mais il lui restait à soutenir celle de larégence et celle de la dynastie impériale. Alexandre l’avait entendu,l’avait même écouté favorablement ; le plénipotentiaire avait obtenu aumoins une promesse de protection pour les derniers intérêts qu’il étaitchargé de défendre. Il avait balancé pendant douze heures toute lacoalition anti-napoléonienne, soit française, soit étrangère ; il avait suregagner tout le terrain conquis par la trahison : en un mot, il étaitparvenu à remettre en doute la question de l’ancienne dynastie, quele prince de Bénévent et son parti croyaient avoir décidée. Mais, avantde se prononcer définitivement sur une affaire aussi grave et aussi