376 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1814.heureux pour la proclamation du maréchal. A la lecture de celle-ci,ses officiers arrachèrent leurs épaulettes, brisèrent leurs épées ; lessoldats jetèrent leurs armes, et, se trouvant sans chef pour retourner àEssonne , ils dûrent subir la loi de la nécessité et se laissèrent conduireà Mantes .
Je ne saurais comprendre pourquoi, au premier aveu de Marmontde sa convention avec Schvvartzemberg, l’un des plénipotentiaires, nepartit pas sur-le-champ, ou comment on n’expédia pas au moins unsecrétaire pour en instruire l’Empereur à Fontainebleau . On ne pouvaitdouter cependant que, si cette convention avait lieu, la négociation nefût perdue, comme cela arriva en effet. Je dirai plus : un ancien ser-ment et des devoirs plus sacrés que jamais obligeaient chacun de sesplénipotentiaires à la déclaration d’une vérité si importante pour l’Em-pereur; tout leur prescrivait de s’arrêter à Essonne et de demander denouveaux ordres.
Ainsi, par le départ du G e corps, Fontainebleau n’est plus une posi-tion militaire et Napoléon se trouve à la discrétion des alliés. Il lui resteà peine quarante mille hommes pour livrer la bataille du désespoir, siredoutée encore des souverains et du gouvernement provisoire. Levainqueur d’Austerlitz, d’Iéna, de Tilsitt, de Wagram, devra subirtoute la condition d’un triomphe des temps barbares, et prononcer ladéchéance de son fils! Tel est le résultat du crime de Marmont, à quiest dû l’ultimatum d’Alexandre dans la soirée du 6 avril! Congédiésd’une manière aussi rigoureuse par l’empereur Alexandre, les plénipo-tentiaires français arrivèrent le soir à Fontainebleau . Après le compte-rendu de leur mission, ils se retirèrent, et l’Empereur, dans le desseinde sonder les dispositions de ses maréchaux, sur les projets militairesqu’il pouvait avoir conçus, fit appeler le prince de la Moskovva. Ce quise passa dans cette entrevue a échappé à l’investigation historique.
Le 6 avril vit sortir du gouvernement provisoire, décréter par lesénat, après quelques changements, imprimer, proclamer et insérerau Bulletin des Lois, la nouvelle constitution française. Cet acte appelaitlibrement au trône Louis-Slanislas-Xavier de France, et après lui les membresde sa famille. Mais la constitution devait être soumise à l’acceptation dupeuple français , et Louis ne devait être proclamé Roi DES Français qu’aussi-tôt qu’il aurait accepté la constitution et juré de l’observer et de la faire obser-ver. Cette disposition, à elle seule, établissait le contrat entre la nation