LIVRE DIX-SEPTIÈME
CHAPITRE PREMIER.
1814 , 1815 .
Débarquement de Napoléon au golfe Juan. — Son arrivée à Grenoble, à Lyon ,à Fontainebleau. — Déclaration de Vienne . — Départ de la famille royale.
Napoléon n’était tombé tout entier pour personne , encore moinspour lui-même. La France et lui s’occupaient de leur commun voisi-nage , mais silencieusement, car aucune communication, aucune intel-ligence n’avait établi entre eux la moindre relation directe. Les voya-geurs étrangers faisaient seuls cette contrebande d’un intérêt si naturel,et leurs rapports étaient reçus avec une égale avidité par les Françaisde la grande patrie et par ceux de l’ile d’Elbe. Il suffisait à Napoléon de la supériorité de son jugement pour apprécier la vérité dans les ré-cits qui lui parvenaient, et pour estimer la position de la France vis-à-vis de son gouvernement : elle avait été blessée dans tous ses souvenirs,menacée dans ses droits, troublée dans ses jouissances, châtiée dansses institutions les plus chères ; chez elle, c’était elle qui était devenueétrangère : les généraux, les administrateurs éconduits, l’avaientlaissée bientôt sans protecteurs et sans guides , sous des princes toutnouveaux pour elle, entourés de vieux généraux inconnus, d’unevieille noblesse pleine de jactance, et d’un clergé persécuteur. L’armée ,humiliée par d’insolents mépris, avait vu décimer le corps de ses offi-