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Tome second.
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488 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1815-1821.mais par couleur et par opinion ; et qui peut dire les crises, la durée,les détails de tant d’orages ? car l’issue n’en saurait être douteuse : leslumières et le siècle ne rétrograderont pas ! Quel malheur que ma chute !j’avais refermé l’outre des vents : les baïonnettes l’ont déchirée. Je pou-vais marcher paisiblement à la régénération universelle! Elle ne s’exécu-tera désormais qu’à travers des tempêtes! »

Les prophéties contenues dans ces deux morceaux sont empreintesd’une sorte de repentir ; il avait raison quand il disait : l’adversité man-quait à ma carrière. De si nobles, de si sublimes aveux ne seraient passortis des nuages de sa toute-puissance; il les aurait gardés pour lui.

Ces idées sont celles qui l’ont le plus constamment dominé sur laterre de l’exil; elles le poursuivaient comme des vérités qu’il semblaitforcé de révéler. Le pic de Sainte-Hélène était devenu pour lui le trépieddu destin ; il y rendait des oracles sur le monde dont on l’avait banni.Napoléon prédisant, dans les fers de la Sainte-Alliance, le triomphedes doctrines libérales, n’est pas le moins grand phénomène de sa vie.

« ....Les mœurs publiques sont en hausse, et l’on peut prédirequ’elles s’amélioreront graduellement pour tout le globe. La raison hu-maine, son développement, celui de nos facultés, voilà toute la clefsociale, tout le secret du législateur. Il n’y a que ceux qui veulenttromper les peuples et les gouverner à leur profit, qui peuvent vouloirles retenir dans l’ignorance.... Le premier devoir d’un prince est devouloir ce que veut le peuple. Il faudra tôt ou tard que la régénérationmoderne s’accomplisse : c’est en vain que les vieilles aristocraties mul-tiplieraient leurs efforts pour s’y opposer. C’est la roche de Sisyphe qu’elles tiennent élevée au-dessus de leurs têtes ; quelques bras se las-seront, et au premier défaut tout croulera. Le vieux système est à bout.Le premier souverain qui, au milieu de la première grande mêlée, em-brassera de bonne foi la cause des peuples, se trouvera à la tête detoute l’Europe et pourra tenter ce qu’il voudra. »

Ce qui suit n’est pas moins remarquable, parce que la raison dugrand politique de Sainte-Hélène prévoit et annonce le ministère deM. Canning, sans le nommer :

« Le ministère de Castlereagh passera, et celui qui lui succédera, hêri-jier de tant de fautes, deviendra grand s’il veut seulement ne pas les continuer.Tout son génie peut se borner à laisser faire , à obéir aux vents quisoufflent. Au rebours de Castlereagh , il n’a qu’à se mettre à la tête des idées