HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1815-1821. 489
libérales, au lieu de se liguer avec le pouvoir absolu, et il recueillera les béné-dictions universelles, et tous les torts de l’Angleterre seront oubliés. »
Cet oracle extraordinaire était rendu à Sainte-Hélène !... Peut-êtrea-t-il donné la mort à Castlereagli, et produit Canniug.
En parlant ainsi sur les autres, Napoléon sentait aussi que son proprerègne était fini, et que, pour le continuer, il eût dû se mettre à la têtede l’émancipation des peuples. Une telle autorité est imposante sur unepareille question. Il fallait vaincre à Moskou ! disait-il. Il fallait surtoutvaincre à Waterloo . L’esprit de ces deux campagnes ne se ressemblaitpas : à Moskou , c’était encore pour l’empire du monde qu’il avait lesarmes à la main; à Waterloo , c’était pour l’indépendance de la patrie.Cette victoire changeait à elle seule tout son système : il exécutait lui-même le 18 brumaire de l’empire.
Le 17 avril 1816, le nouveau gouverneur, sir Hudson Lowe , fit sapremière visite à Longwood. « Il est hideux, dit Napoléon ; c’est uneface patibulaire ; mais le moral, après tout, peut raccommoder ce quecette figure a de sinistre. »
C’était une barbarie de la part des ministres anglais d’avoir reléguéNapoléon sous le fatal climat de Sainte-Hélène ; ce fut un crime d’assignerà l'illustre captif sir Hudson Lowe pour gardien. L’amiral Cockburn,auquel on donnait un si indigne successeur, avait paru rigide, tracassier,jaloux de son autorité, violent même ; mais il possédait un cœur d'homme,et son caractère ne manquait pas de générosité. Sir Hudson Lowe , ac-coutumé à martyriser les soldats français sur ces fameux pontons, lahonte éternelle de nos voisins, avait un singulier titre d’honneur commeofficier : avec deux mille hommes et une bonne artillerie, il s’était laisséforcer dans l’île inexpugnable de Caprée , par le général Lamarque à latête de douze cents baïonnettes françaises. Il avait rapporté des souvenirsde Tibère de cette île qu’il n’avait pu défendre; et dans celle de Sainte-Hélène il s’annonça comme le Séjan de Bathurst et de Castlereagh . Ildébuta par un mot affreux. Les officiers de Napoléon lui disaient qu’àLongwood il n’y avait point d’arbres pour se mettre à l’ombre. Nous enplanterons, répondit-il. Tel était le ministre subalterne dont les commis-saires des rois de l’Europe vinrent sanctionner par leur présence la bassetyrannie, le 17 juin, en apportant à Sainte-Hélène le bill relatif à ladétention de Napoléon ; car le ministère britannique avait osé faire con-vertir en loi l’acte le plus indigne de porter ce nom sacré.