CHAPITRE II.
1815 - 1821 .
Le comte de Las-Cases, chambellan de Napoléon , à qui l’on doit deprécieux et de touchants souvenirs des quinze premiers mois de Sainte-Hélène , avait été arraché à la confiance, à l’amitié du captif par sonimpitoyable gardien. Une lettre insignifiante, confiée à un voyageursans avoir été remise ouverte au gouverneur, suivant la règle imposéeparle geôlier ombrageux, fut la cause innocente de l’enlèvement deM. de Las-Cases et de ce jeune Emmanuel, son fils, alors enfant, quidepuis est allé venger publiquement à Londres , sur la personne desir Hudson Lowe, les outrages faits à son père et à Napoléon . Ce princeles vit, de sa fenêtre, entraîner par des soldats. Un autre calcul de labarbarie envenimée par la peur, qui tourmentait jour et nuit le geôlierde Longwood, ravit de même au malade le médecin du Northumberland ,O’Meara, qui avait mérité et obtenu sa confiance. Le docteur O’Meara s’était rendu bien coupable aux y eux de Hudson Lo^ve : il était aiméde Napoléon , il l’aimait ; et, crime irrémissible ! il avait voulu épargnerun crime à sa patrie, en écrivant au ministère que l’air de Sainte-Hélènesuffisait pour tuer le prisonnier. Pour surcroît de malheur, le généralGourgaud, qui, de retour en Europe, n’a cessé de défendre Napoléon pendant sa vie et après sa mort, fut condamné, par le délabrement totald’une santé depuis longtemps chancelante, à rompre le ban d’une fidé-lité qui lui était bien chère. Ainsi Napoléon se trouva tout à coup privéde quatre compagnons qui, par la variété de leurs services et par celle