HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1815-4821. 497
pairie ! La patrie ! Si Sainte-Hélène était la France , je me plairais sur cetaffreux rocher. >• Les bons soins du médecin, la docilité du malade, sihabituellement rebelle aux prescriptions de l’art, avaient produit unmieux sensible dans son état. Le 13 novembre, il marchait dans sonjardin; faible encore, il s’assit, promena ses regards à droite et àgauche, et dit au docteur Antomarchi avec une expression pénible :« Ah ! où est la France ? où est son riant climat? Si je pouvais respirerau moins un peu d’air qui eût touché cet heureux pays ! Quel spécifiqueque le sol qui nous a vus naître ! Antée réparait ses forces en touchantla terre : ce prodige se renouvellerait pour moi ; je le sens, je seraisrevivifié si j’apercevais nos côtes. Nos côtes! j’oubliais que la lâchetéa fait une surprise à la victoire ; on n’appelle pas de ses décisions. »
L’année 1819 s’écoula dans les alternatives de maladie et de rétablis-sement , qui aboutirent à une rechute grave et dont l’issue ne pouvaitque donner de fortes inquiétudes. Cependant, malgré ses souffranceset un dépérissement visible, la mémoire de Napoléon toujours présente,son imagination toujours la même, lui retraçaient les événements avecune fidélité admirable, et les coloraient avec une étonnante richesse.Dans le récit de ses campagnes d’Italie et d’Égypte , il lui échappait deséclairs de génie semblables à ceux qui jaillissent d’un horizon en-flammé.
La maladie continua avec les mômes vicissitudes en 1820. Dans lespremiers mois de l’année, Napoléon semblait avoir repris la santé, grâceà une vie plus active et aux travaux du jardinage, auxquels il avait eurecours sur la foi de son médecin. Illusion trompeuse! L’affection étaittrop grave pour guérir sous un climat aussi propre à développer sonénei’gie. Cette situation du malade, prévue et annoncée par la corres-pondance et la relation du docteur O’Meara et par les rapports du doc-teur Stokoë, était connue en Angleterre ; le 20 j uillet, le fidèle O’Meara ,toujours attentif à l’état de son illustre ami, écrivit à lord Bathurst :
« Votre Seigneurie me rendra la justice de se rappeler que la criseactuellement arrivée a été prédite par moi, et officiellement annoncéeà l’amirauté, à mon retour de Sainte-Hélène, en 1818. Un temps biencourt a trop malheureusement justifié une opinion que le simple bonsens suffisait pour faire prononcer, et que la probité la plus ordinaireobligeait de divulguer. » La déclaration du docteur, aussi remarquablepar la précision des faits que par l’énergie de l’expression , devait ôter
il.