498 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1815-1821.tout prétexte de doute au ministre anglais . Elle portait : Que La mortprématurée de Napoléon était aussi certaine, sinon aussi prochaine, si le mêmetraitement était continué à son égard, que si on l’avait livré au bourreau.Le digne M. O’Meara sollicitait, par la même lettre, la permission deretourner à Sainte-Hélène pour y donner des soins à Napoléon , dontil avait, pendant trois ans, étudié la constitution. Il demandait à partirgratuitement, et même à résider à ses frais auprès du patient. L’ex-pression si énergique de patient avait été proposée par le grand-maré-chal Bertrand, et acceptée par le gouverneur sir Hudson Lowe , enremplacement des qualifications d’empereur et de général, dont l’unerépugnait aux Anglais, et l’autre aux Français . Lord Bathurst ne voulutpoint écouter la proposition du courageux O’Meara , et accepta sanshésiter la responsabilité d’un refus qui équivalait presqu’à un arrêtde mort. Dans l’ile fatale, comme à Londres , on prévoyait la fin de ladouloureuse agonie de Sainte-Hélène . Le 20 juillet, le docteur Anto-marchi adressa au docteur Colonna, pour être communiquée à la famillede Napoléon ', une lettre qui annonçait, non pas un danger imminent,mais le désespoir delà guérison. Cependant, le 31 du mois, le maladeparaissait rétabli ; il reprit avec plaisir ses habitudes matinales : mais lefeu couvait sous la cendre ; le physique se décomposait par degrés, etle moral était affecté. Les bruits alarmants répandus sur Napoléon II avaient porté une vive et profonde atteinte au cœur paternel ; heureuse-ment la nouvelle arriva que l’enfant avait été promu au grade de capo-ral. Assuré ainsi de l’existence de son fils qu’il avait cru mort : « Ah,je respire! » s’écria-t-il; et, suivant sa coutume, il se jeta sur d’autressouvenirs pour dissimuler son émotion. Vers le 15 septembre, lessymptômes fâcheux ayant reparu avec un caractère de violence, unelettre pressante sur l’état critique de Napoléon fut adressée, par le comteBertrand, à lord Liverpool, et ne produisit encore aucun effet. Ilfallait autre chose afin de convaincre lord Bathurst, qui avait pourNapoléon la dureté de cœur d’un émule de Castlereagh , et que rassu-raient sans cesse les mensonges de sir Hudson Lowe .
De nobles souvenirs de l’Italie et de la France , de touchantes imagesde sa famille remplissent les intervalles des souffrances du malade, etne l’empêchent pas de prononcer chaque jour son arrêt lui-même,malgré les déceptions par lesquelles la pitié du médecin cherche à luidéguiser la triste vérité. La douleur de la mort de sa sœur, la princesse