500 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1815-182-1.
« Vous m’avez compris, -v ous ! » lui clit-il. Depuis longtemps il avait laconviction de ne point échapper au climat de Sainte-Hélène, et à toutmoment quelques paroles prophétiques annonçaient cette conviction.Elle était également dans le cœur de ses serviteurs ; aussi, le 17 mars,le comte Montholon écrivit à la princesse Borghèse : « Que la maladiede foie dont Napoléon souffrait depuis plusieurs années, et qui estendémique et mortelle à Sainte-Hélène, avait fait des progrès effrayantsdepuis deux mois ; qu’il ne pouvait marcher dans son appartement sansêtre soutenu. » Le comte ajoutait : « A la maladie de foie se joint uneautre maladie également endémique dans cette île. Les intestins sontgravement attaqués.... Le comte Bertrand a écrit au mois de septembre,à lord Liverpool, pour demander que l’Empereur soit changé de climat,et faire connaître le besoin qu’il a des eaux minérales. Le gouverneur,sir Hudson Lowe , s’est refusé de faire passer cette lettre à son gouverne-ment, sous le vain prétexte que le titre d’Empereur était donné à S. M. L’Em-pereur compte aussi sur Votre Altesse pour faire connaître à des Anglais influents l’état véritable de sa maladie. Il meurt sans secours sur cetaffreux rocher ; son agonie est effroyable.... >>
En effet, ce fut le jour même où écrivait Montholon que commençala crise qui, deux mois après, devait emporter Napoléon . Là, c’est là,disait-il, le 17 mars, en montrant sa poitrine au docteur Antomarchi.Celui-ci lui présenta un flacon d’alcali. Eli non. 1 ce n’est pas faiblesse,
s’écria Napoléon , c’est la force qui m’étouffe, c’est la vie qui me tue _
Puis, s’élançant à une fenêtre et regardant le ciel : 17 mars, dit-il; àpareil jour, il y a six ans (il était à Auxerre , venant de l’ile d’Elbe), ily avait des nuages au ciel. Ali! je serais guéri si je voyais ces nuages. Puisil saisit la main du docteur, et l’appuyant sur son estomac : C’est uncouteau de boucher qu'ils ont mis là, et ils ont brisé la lame dans la plaie.
Les derniers jours de Napoléon furent aussi grands que les plusglorieuses époques de sa vie. Trop certain de sa mort, il souriait depitié ou plutôt de compassion à ceux qui cherchaient à combattre enlui cette idée. Pouvez-vous joindre cela? dit-il à M. Munckhouse, officieranglais , après avoir coupé en deux le cordon de la sonnette de son lit :
« Aucun remède ne peut me guérir. Ma mort sera un baume salutairepour nos ennemis. J’aurais désiré de revoir ma femme et mon fils ;mais que la volonté de Dieu soit faite ! » Puis, avec une attitude dignede Socrate , il ajouta : « Il n’y a rien de terrible dans la mort. Elle