MÉMOIRES UE NAPOLÉON.
(VolumeVI, pageioô.)
.-Ses talents, qui n’étaient inférieurs à aucune élévation
« { Kléber ), avaient excité la jalousie de Bonaparte . La fermeté et l’in-■> dépendance de ses opinions avaient refroidi leurs communications ,•< et bientôt éteint toute confiance entre eux : aussi n’en trouve-t-on au-« cune trace, ni dans l’instruction de Bonaparte à Kléber, ni dans la- lettre de celui-ci au directoire républicain, dont il ne croyait pas la« chute si prochaine. »
(Page 128. )
« Ne voit-on pas, dans le testament militaire et politique du conquê-te rant de l’Égypte , la conviction secrète et même l’aveu d’une vérité« que sans doute il ne s’était jamais dissimulée, et que le général Kléber- se hâta de dévoiler pour l’iulérêt de sa propre gloire ? C’est que, sans<• l'appui mutuel des forces de terre et de mer, aucune expédition loin-« taine ne peut avoir un succès durable, un véritable résultat ; aucun« établissement colonial ne peut être soutenu, et bien moins encore au« milieu d’une population immense et tout armée, d’une nation dont.. l’éternelle inimitié est un sentiment inséparable de la croyance reli-« gieuse, et chez laquelle, au sein même de la paix et de la possession la« moins contestée, ne pouvant changer la religion , ni faire concevoir à« ces peuples d’autres lois que celles qu’elle a consacrées, ne pouvant adop-« ter leurs mœurs et leurs coutumes, on ne parviendrait jamais à associer
«les vainqueurs aux vaincus.La perte irréparable delà flotte fran-
« çaise avait décidé du sort d’une armée qui ne pouvait plus être recru-« tee, ni secourue par la métropole ; elle devait périr par ses propres« succès. Ainsi donc, dès son entrée dans le Delta, Bonaparte dut,« comme à la porte de l’enfer du Dante, laisser toute espérance. Après« ce désastre, qui rallia tous les Musulmans, releva leur courage, et