EXTRAIT î)ü JOURNAL
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L’année 1688 a esté assez belle, mais bien fâcheusepour les bonnes gens (le noslre saincte religion persécutezen France . Comme j’avais l’honneur d’en loger une cin-quantaine qui trafiquaient et qui venaient de temps entemps , les uns pour vendre à nos marchands, les autre*--en Allemagne , à Zurzach et autres lieux , ils attestoyentles choses horribles que l’on faisait souffrir aux religion-naires, et particulièrement aux plus grands et aux plusriches, qui ne vouloyent pas aller à la messe et faire ab-juration ; on meltoit des dragons pour vivre à discrétionchez eux jusqu’à 10, 20, 30 et 40 à la fois, lesquelstourmentoient tellement ces pauvres gens, que c’estaitune chose étrange et un grand crève-cœur pour celuiqui en a entendu le détail, comme il m’a esté attesté etrécité par de très-honnêtes hommes et dignes de foi. Cesmaudits dragons mettoyent tout en œuvre pour tourmenterces bons chrétiens , les menaçoient tantôt de les battre ,tantôt de les tuer à coups de basions , d’épée et de fouetsfaits dé cordelettes ; ils l'aisoyent couler leur vin par lescaves , espanchoyent le froment dans les écuries et autreslieux , et lorsque tout estait perdu , juroyent, tempêtoienlcomme des enragés contre ces pauvres gens pour leurfaire donner de l’argent ; et lorsque ces malheureux tour-mentés lomboient dans quelque assoupissement, ils lespoinçonnoyent avec des épingles et alênes ou pointesd epée ; enfin cela seroit trop long si je voulois racontericy la dixième partie des maux que l’on a fait souffrir àces martyrs.
L’année 1689 a été assez belle; mais il se fit plu-sieurs meurtres , entre autres trois bouchers du Locle serencontrant en Bourgogne viendront à se quereller pourde certains moulons qu’un d’eux avait achetés et qu’il <*m~