192 —
sont telles qu’elles l’ont premièrement donné à connaître;de sorte qu’elles doivent être par ce moyen aussi fermesque s’ils avaient fait une déclaration expresse sur ce mêmesujet. Et cette indivision doit être d’autant plus religieu-sement observée par les princes, qu’ils promirent d’ac-complir la sentence des états, lorsqu’ils jugèrent que lecomté ne pouvait avoir deux seigneurs, et qu’ils ont juréà leurs sujets de les conserver dans toutes leurs coutu-mes de cet état, entre lesquelles est sans doute celle dene point partager le comté. Encore que quelques juris-consultes croient que le droit d’aînesse et l’indivision desétats sont odieux, j’estime qu ils sont au contraire fort fa-vorables, puisque outre les avantages que les princes enreçoivent, ils contribuent beaucoup au bien de l’état. Etl’une et l’autre de ces choses doivent être considéréescomme une loi souveraine ; en effet, on ne saurait par-tager un état sans causer de grands préjudices à l’un et àl’autre en même temps, car les choses s’affaiblissent en sedivisant au lieu qu’elles deviennent plus fortes en les ra-massant ensemble ; comme Scylurus le fit connaître à sesenfans par la comparaison du faisceau de verges qu’ils nepurent rompre tant qu’elles furent jointes ensemble etqu’ils brisèrent facilement lorsqu’elles furent séparées.Ainsi les forces du prince et de l’état se diminuent en lespartageant et leur faiblesse les expose à la violence de leursennemis, au lieu qu’ils se rendent puissans et redouta-bles quand ils demeurent en leur entier. D’autre part lacommunion dans laquelle on pourrait laisser un mêmeétat entre deux frères, comme on l’a pratiqué en quelqueslieux d’Allemagne , choquerait la nature de la souverai-neté et serait préjudiciable pour le public. Un souveraindoit non-seulement être au-dessus de tous ses sujets,