L’A R T UNIVERSEL'
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DES RETRJNC HEM EN S INTERIEURS.
V O u s aurez déja vû par les figures', Sc paf ce qui a prccedc, qu’ìl y a diverses forme» de rctran-chemcns,puisque l’on est obligé de les taire lclon lc lieu qui est attaqué : à quoy l’on doit com-mencer dés que l’on connoist par les approches dcl’Enncmy le lieu cù il a dessein de s’attachcr,afìnque l’on ait achevé avant qu’ilait traverlé le fossé, pour estre prest àl’arrcster, Sc à sc bien dé-fendre : car les rctranchcmcns que l’on fait dans la Place , sent de nouvelles fortifications derrière1c lieu qui est attaqué, Sc aussi fortes que les premières , soit par le fosse Sc le chemin couvert,que les ravelins, s’il en est besoin ; ce qui pourtant ne se peut faire , qu’on ne soit obligé quelquefoisde perdre les logis des habitait». Ceux qui comprennent bien les fortifications, concevront aisé-ment ces rctranchcmcns, tant généraux que particuliers.
Le General, ou partie du General, est marquée par A B C : A est vn bastion entier, & B [& C,deux demis, avec leurs courtines. Si l’Ennemyfaiî l’attaque pjusgrandc, le retranchement le sera,aussi : car on ne peut en cela donner de règles générales.
II y en a encore moins aux rctranchcmens particuliers, qui ordinairement se font à la hastc,5cdans lcsempretlémens ; aussi les accommodc-c-on le mieux que l’on peut , Sc en telle maniéré qu’ilspuissent détendre la brèche, Sc qu ils se flanquent Pvn l’autre. Ils auront pour le moins vingt piedsd’épailseur, pour résister au canon de l’Euncmy, s’il peut en mettre au devant. Ils doivent avoir assezde hauteur pour commander fur les logemcDS des Aslicgcans, ou du moins qu’ils luy soient égaux;autrement , ceux de dehors auroient l’avantage : ce qui arrivera infailliblement aux bastions vuides ,dans lesquels on ne sçauroit faire des rctranchcmens si hauts que la fortification ; Sc l’Enncmy estantlogé fur la brèche, commandera dedans la Place, & verra ce qui s’y fait. Tous ces manquemens n’ar-riveront pas,quand les bastions sont pleins, par ce qu’on a de la terre tant que l’on veut, pour les éleverpardessus la brèche..
Qiioy-queccs rctranchcmenspartieuiicrsne puissent estre rcglez ,3c que leurs formes sonc auffi dif-férentes, qu’il y a d'cudroits en la fortification attaquée, je ne laisseray pas défaire voir par la figurece qu’on peut faire par tout po.ur résister autant qu'il est possible.
Par exemple, si le bastion est attaqué par l’anglc flanqué D, il faudra faire vn retranchement,comme l’angle rentrant E, Sc derrière ccluy-là vn autre plus fort, & avec des flancs F , qui sera en-core soustenu par ccluy G ; Sc tant qu’il y anrade la terre, on doit se retrancher. Si la face du bastion,marquée H, tstoit ruïnéc, on pourra sc retrancher, comme on voit en I , ou en K ; & derrière encorevn autre L. La courtine est rarement attaquée ; mais si on l’avoit battue,ou ruïnce on y pourrafaire vn retranchement,comme celuy M.
Tous ces retranchcmcns doivent estre proches les vns des autres, ne laissant de place que ce qui estnécessaire pour combattre. II faut que les portes, pour les sorties Sc pour les retraites, soient cou-vertes, Sc flanquées autant qu’il se pourra, Sc bien gardées du costé de dedans, pendant qu’on dé-fend le retranchement qui est devant,afin que s’ils sorít forcées, l’Enneiny ne puisse entrer peste-mesle avec ceux qui 1c retirent.
J’ay déjadit autre part , qu; la meilleure matière pour faire ces retranchcmcns, est de la terremeslée de fascines avec du fumier j on en fait de gabions, de basiques Sc tonneaux ; de fumier seulmesléavec la terre. Aux surprises,on les fait de picccs de bois, de planches, de tonneaux , Sc dctout ce qui sc rencontre.
11 ne se fait point de retranchement, qu'il n’y ait vn fossé devant : ceux qui défendent lajbréche,se tiendront dans Je folle du premier retranchement, d’où ils repousseront ccnx qui voudroiç*monter ; cc qui se verra en ce qui lait.