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fraient quelqu’autre partie en sacrifice à leurs dieux. Onen faisait de même dans les Gaules , et c’est peut-être decet usage , que les premiers prédicateurs chrétiens ne pu-rent déraciner, que viennent encore ces arbres qu’on plan-tait aux portes des églises, des châteaux et sur les placespubliques. Nos arbres même de la liberté ne sont qu’unressouvenir de cette antique coutume.
Près de la porte de St-Germain, à droite en entrant àPorrentruy , s’élevait jadis un des arbres de festin, d’uneénorme dimension. Sur ses sept branches placées horizon-talement et appuyées sur des piliers, on avait construitune plate-forme, où l’on dansait certains jours de fête , etd’autres rameaux étaient disposés en banquettes, pour lesmusiciens. C’était un chêne de neuf pieds de diamètre, etl’on pouvait lui supposer une existence de plusieurs siècles.Rodolphe de Habsbourg, lorsqu’il s’empara de cette villeen 1285, avait pu se reposer sous ce chêne et y rendre lajustice, comme faisait alors le bon roi Louis IX , sous lesarbres du bois de Vincennes, et tant de seigneurs ou châ-telains , sous le tilleul ou l’orme planté à la porte de leurmanoir.
On tint plusieurs plaids sous le chêne de Porrentruy , etle souvenir s’en est conservé jusqu’à nos jours, c’est-à-dire jusqu’en 1806, où l’on fut obligé de l’abattre , pourprévenir les accidens que la chute de ses branches vermou-lues aurait pu occasionner. On l’a remplacé par une fon-taine.
Les oiseaux fourmillaient dans son noir feuillage, et lesenfans se plaisaient à sautiller sur l’échafaudage , tandisque les bonnes Ajoulottes jasaient sur les bancs qui envi-ronnaient cet arbre. Il formait ainsi une espèce d’habita-tion à trois étages.
Les villageois et les paysans de la ville se rassemblaientaussi le dimanche sous son ombrage; ils s’entretenaient