175 —
des affaires du temps ; et souvent un narrateur, monté surun banc, faisait le récit de ses voyages, sans trop s’inquié-ter si la vérité était en souffrance. Aussi, était-il d’usage del’inviter à boire à la fontaine voisine, lorsque l’histoire de-venait par trop invraisemblable.
Le lundi de Pâques de l’année 1740, les Ajoulots, irri-tés des continuelles déceptions dont ils étaient les jouets,tantôt de la part du prince, tantôt de celle de l’empe-reur, qui, harcelé d’envoyés des deux partis, ne savaitplus lequel blâmer ou soutenir, se portèrent en massecontre Porrentruy , munis de leurs remontrances écriteset armés de hallebardes, d’arquebuses, et autres instru-mens, comme ils avaient l’usage de le faire, lorsqu’ils es-cortaient leurs commis à l’assemblée des Etats.
La ville, ne sachant trop ce que ces gens armés voulaientfaire, jugea prudent de fermer ses portes, c’est-à-direcelles de St-Germain et de Courtedoux , les autres étantmurées ou barricadées. Les bourgeois prirent les armes etoccupèrent la tour de l’hôpital, la plate-forme de l’église,le bastion de la Boucherie, les tourelles, les murailles, en-fin tous les postes du côté de St-Germain. Mais, à leurcontenance , il était facile d’observer qu’ils étaient peu hos-tiles aux campagnards et ne fermaient leurs portes quepour prévenir quelques désordres.
Par contre , l’inquiétude et la crainte régnaient au châ-teau : Jacques Sigismond de Rheinach, dont le nom soit àjamais honni, fit pointer ses canons sur le lieu de rassem-blement de ses sujets, qu’il appelait rebelles, parce qu’ilsne voulaient pas abandonner leurs franchises aux capricesde quelques ministres étrangers ; on vit fumer des mèchesaux fenêtres de la Tour-du-Coq, les fauconneaux d'alar-me de la Tour-Réfouse laissèrent voir leurs bouches noir-cies , entre ces mêmes créneaux , où jadis s’étaient appuyésles Romains, les Bourguignons, les Allemands et bien