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prenant possession de quelques portions de terres vainespar le jet d’une hache depuis un arbre ou lieu élevé.
Nos deux pèlerins , selon cet antique usage, lancèrent,au lieu de framée, leurs modestes bâtons de chêne; l’unau nord et l’autre au couchant. Guidés alors par un instinctque nos péchés ne nous permettent plus d’avoir, ils allèrentretrouver leurs vade meciim : le second, enfoncé dans leroc qui forma ensuite la cellule de St-Ursanne , et le pre-mier, planté en terre, à deux lieues de là, dans le lieu oùs’éleva ensuite la chapelle de St-Fromont, près de Bonfol .
C’est là qu’on remarque encore un tronc de chêne, usépar le temps, rongé des vers , et déchiré par les pèlerins ,qui s’y rendent pour honorer saint Fromont, en plantantune petite croix dans cette pièce de bois du vi e siècle.
La même légende nous assure que ce chêne doit sa nais-sance au bâton noueux , lancé depuis le Mont-Repais ; maisprobablement, les boutures de ce chêne et les hommesd’alors avaient des propriétés et une puissance dont nousn’avons plus aucune idée maintenant. On prétendait aussique cet arbre était indestructible, et que les parcelles debois qu’on en arrachait, recroissaient tout aussitôt ; mais,malheureusement encore pour les amateurs de prodiges,ce miracle a depuis longtemps cessé de se reproduire.
Cependant, il ne faut pas croire que ces légendes mer-veilleuses soient inventées à plaisir et qu’elles ne renfer-ment aucune vérité. Au milieu de beaucoup de passages,qui nous paraissent invraisemblables, nous retrouvons biendes faits précieux pour l’histoire, et c’est précisément lecas pour la légende de saint Fromont, que nous pourrionséclaircir si notre sujet n’était pas déjà trop étendu.
FIN.