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I
Berthold (*) surveillaient leurs gens, galoppaient d’unchamp à l’autre, pressaient la besogne, fesaient chargerles gerbes sur des charrettes exigées de corvée, et quandles moines arrivèrent, les hommes d’armes remontaientdéjà à cheval, et se rangeaient en avant des voitures.
Philippe et Hugues, celleriers de Lucelle , le secrétaireHélinand, le sous-prieur Berthold d’Auracb, les frèresconvers Jehan de Charmoille, Hugues de Wert, Wil-helm d’Instorf et plusieurs autres gens de l’abbaye ( 2 )s’approchèrent du chevalier d’Asuel , la figure rouge decolère , l’œil enflammé, le reproche à la bouche, mena-çant du geste et de la voix. Mais Boureard, qui prévoyaitcette scène, pour en avoir vu plus d’une de ce genre, leslaissa jeter leur premier feu, et pour toute réponse ildonna l’ordre à ses gens de partir avec les voitures char-gées de la dîme. — Harou ! harou! s’écria le moine Ber-thold, de par nostre sire Dieu et sa benoîte mère, nostrebonne dame, à laquelle sont ces chans et ces blés.L’a-
voir d’autruy tu n’embleras ne retiendras à ton esciens.Baillez à Dieu ce qui est à Dieu .
— Et au Seigneur ce qui est au Seigneur, dit Boureard,en se retournant; oneques n’ai dérobé l’avoir d’autruy,ainsi que vous et vos nonnains l’avez fait, lors de monpassage outre-mer, comme bien le savez. Ces dîmes sontaux sires d’Asuel de toute ancienneté, et avant li tempsoù mes devantriers édifièrent vostre cloistre de leurs de-niers.
— Messire, reprit Berthold, vos devantriers nous ontbaillé la disme en souvenance des bons services de l’abbéet covent de Lucellain, et l’avons ainsi perçu sans malen-gin , fors depuis vostre venue de Jérusalem .
(' ) Arcli. de Lucelle , Acte de 1218, et plusieurs autres.
( a ) Ibidem. Tous ces moines sont souvent cités dans les actes de cetteépoque.