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dirige le premier vol de ses aiglons , comme le loup con-duit ses louveteaux dans un troupeau de moutons.
^ À cette vue, les paysans-se levèrent ; libres ou serfs,
tous allèrent se placer sur le champ qu’ils avaient récolte ,et pendant que le sire d’Asuel débouchait hors du village ^de Fregiécourt , une autre troupe fort nombreuse, mais jdans tout autre équipage, descendait vers Charmoille en jfaisant retentir l’air de chants religieux. C’étaient les moinesde Lucelle : leurs robes blanches et noires se faisaient voirau loin, comme le plumage de ces oiseaux de mauvais au-gure , qui, l’automne, s’abattent sur les campagnes pourravager les semailles. Dans le môme instant, on vit sortirde Miserez les religieux de l’ordre de saint Augustin, sedirigeant aussi vers les champs moissonnés, pour enleverleur portion de dîme et la sauver, si possible , sans prendrei part à la querelle qui divisait depuis longtemps les Bernar-
dins de Lucelle et le baron d’Asuel , avoué ou protecteurde Miserez ( 4 ).
Ces divers décimateurs se reconnurent de loin, pressè-rent leur course ; mais comme le sire d’Asuel avait lesmeilleurs chevaux et moins de chemin à parcourir, il ar-riva le premier. Ses varlets, se distribuant militairement labesogne, se mirent à compter les gerbes comme des sol-dats qu’on numérote dans les rangs, s’emparèrent de ladixième, selon leur caprice, et par manière de réponseaux observations que les paysans leur faisaient en trem-blant, crainte des coups qui pleuvaient sur eux, commes'ils eussent volé la récolte du seigneur. ( 2 )
> Le chevalier et ses fils Henry, Bourcard, Walter et