24 —
— Le comte d’Aurach s’appelle Egon, et vous, frèreBerthold, le sous prieur de Lucellain.
A ces mots le moine devint violet de colère. Tous cescompagnons, issus comme lui de nobles familles, senti-rent leur vanité offensée par ce propos, et leur humeurguerrière se fit jour en dépit de leur robe.
Les Augustins de Miserez , au lieu de prendre part à laquerelle, ramassaient adroitement des gerbes dans le fe-nage voisin, pendant que les pauvres vassaux criaient pi-teusement à leurs souverains seigneurs :
Hélas, prélats et gens d’église,
Sur quoi nostre foi est assise,
Chiefs élus de chrétienneté,
Vous nous voyez, nuds. sans chemise,
Et tout languis de povreté.
Aux riches gens ce remontrez,
Et que vous les admonestez,
Qu’ils aient pitié d’entre nous autresQui pour eux avons labouréTant que tout leur est demeuré;
Hélas ! encore y a-t-il plus !
Qui moult souvent le cœur nous trembleQuand le prince met un aide susIl convient que le coup nous double,
Vous nous mettez en grand trouble 1Car il convient souvente foisQue nous le payons par trois fois...
Et ne leur chault se crions hélas ( ' ) !
Tandis que ces pauvres gens se lamentaient, les frères
de Berthold, duc de Zæhringen. Ce moine fut d’abord abbé de Tenenbach,et ensuite de Luceile en 1221. Il obtint de son beau-frère Frédéric,comte de Ferrette, de grands privilèges pour son abbaye , qu’il résigna en1250. Il mourut vers la lin de 1255 ou commencement de 1254. — Arch.de Luceile.— Walch. Hlisel. Lucel. — Buchinger. Epitome fast. et beau-coup d’actes.
(’) Complainte du povre Cormun et des pauvres laboureurs de France .Monstrelet , page 517.