convers, secondés des valets de l’abbaye, se prirent à fairela même opération que les hommes d’armes du baron et lesAugustins.
— Par ma foi, s’écria enfin le chevalier d’Asuel , vousfaites, ce me semble, trop belle besoigne et vous veulxaider et pourrez adonc nourir vos povres en leur donnantune fois du vostre ( 1 ).
Et aussitôt que les charrettes des moines furent char-gées de blé, il fit un signe à ses gens qui renversèrent lesvoitures du monastère.
La nuit était arrivée, l’orage approchait, le tonnerre fai-sait entendre ses sinistres roulemens, précédés d’effroya-bles éclairs, et les vassaux gémissaient en voyant leurrécolte prête à périr par suite de cette querelle. Mais lebaron et les moines ne s’en inquiétaient nullement ; tandisque le convoi du chevalier s’avançait vers Asuel , les Ber-nardins faisaient relever leurs charrettes, rattacher lesgerbes déliées, tout en continuant de se disputer avecBourcard et ses gens, jusqu’à ce que ceux-ci tentèrentune seconde fois de renverser leurs charriots. Alors lesmoines ne se contentèrent plus de les défendre avec desparoles; ils firent avancer les valets du monastère, lesarmèrent de bâtons ferrés qu’il avaient tenus cachés , et
(') On a vanté les charités que fesaient les monastères ; mais il faut savoirque dans l’évêché de Bâle les trois quarts des terres en culture apparte-tenaient à l’évêque ou aux corporations religieuses, et le quart restant separtageait encore entre les riches bourgeois et les cultivateurs. En 1794, lequart des propriétés allodiales, dans le pays d’Ajoie, actuellement le dis-trict de Porrentruy, était évalué à deux millions cinq cent raille livrestournois, et les paysans, qui n’en avaient qu’une partie, payaient annuel-lement soixante-seize mille livres d’intérêts, ce qui représente un capitald’un million cinq cent vingtmillelivres.Faut-il alorss’étonner de la misère dupeuple, et qu’était-ce alors que les aumônes distribuées par les monastèresen comparaison de ce qu’ils retiraient du pays? — Extrait de la Matriculed’Ajoie et des notes à l’appui, par J.-G. Quiquerez , conseiller des financesdu prince-évèque de Bâle .