— 27 -
commettre, et si Bourcard avait hésité à toucher aux im-munités de l’abbaye, et de porter la main sur l’oint duSeigneur, il n’eut pas plus tôt goûté du fruit défendu ,que l’envie lui vint d’en cueillir encore. A la vérité, il yavait longtemps que la paix ne régnait plus entre lui et lemonastère, comme nous le verrons plus loin.
A cette époque, la chasse était une prérogative appar-tenant aux souverains seuls, et si, par générosité, ils avaientbien voulu accorder ce droit à de grands vassaux ou à deriches monastères, on ne songeait même pas qu’un simplesujet pût jamais faire acte de chasse, n’aurait-ce été quesur un timide lièvre.
L’abbaye de Lucelle ne jouissait alors de cette faveurqu’à titre précaire, et ce ne fut qu’en 122S que Frédéric,comte deFerrette, lui accorda le droit de chasse, à la recom-mandation de son beau-frère, l’abbé Berthold d’Aurach (*).
Bourcard d’Asuel, plus heureux que ses voisins, usaitet abusait des droits qu’il tenait de ses ancêtres, seigneursde toute la chaîne du Lomont et de bien d’autres lieux in-cultes et couverts de forêts. Aussi le gibier et les bêtes fé-roces trouvaient dans les terres d’Asuel un refuge assurécontre la haine des pauvres cultivateurs dont ils ravageaientles récoltes. Bs sollicitaient, comme une grâce, d’être ap-pelés de corvée pour traquer ces animaux dévastateurs ;mais ce ne fut qu’un siècle plus tard qu’on leur permit dechasser à l’ours avec des cordes ou des lacs, sous condi-tion de livrer la tête et la patte droite au seigneur, et seu-lement deux siècles après qu’ils osèrent chasser ou éloignerles sangliers et les bêtes fauves, en traînant des cordes àtravers leurs finages ( 2 ). Les anciennes ordonnances sur la
(') Archives de Lucelle, Acte de 1223. — Valch-JIiscellaneca Lucel. —Buchinger Epit. fast., p. 103.
(* ) 0n voit dans les Archives de l’évêché de Bàle plusieurs requêtes