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ils les rangèrent en face des hommes d’Asuel que le baronavait munis de cordes nouées, ne voulant pas se servird’autres armes.
—De par Dieu , dit Bourcard, puisque sont ainsi delésl’un l’autre, il convient les laisser besoigner un petit....Par saint Nicolas! allez sus, mes bons serjeans!
Les gens du baron se mirent à charger ceux de l’abbayeà coup de corde, plus rudement que les moines ne s’étaientjamais donné la discipline. Les Bernardins invoquèrentNotre Dame de Lucelle ; les valets du couvent répondi-rent à l’appel en frappant sur les coiffes et aubergeonsdes gens d’Asuel qui riaient de leurs vains efforts, se mo-quaient des cris des nonnains, « les jappaient épouvan-» tablement, si qu’ils tombaient tous jus. Là eut grand» hutin, dur et fier, et y furent donnés et reçus moult» horions de poings et de cordes, voire mesme d’autres» bâtons de guerre, et tantôt furent déconfits les nonnains» et versés les jambes à contremont. Ainsi advient sou-i) vent les fortunes en armes et en amours, plus merveil-» leuses qu’on ne les pourrait penser ne souhaiter ( 1 ). »
La tempête venait d’éclater, et la pluie tombant partorrens , sépara les combattans. Le baron reprit le chemind’Asuel en suivant ses voitures chargées ; les Bernardinss’en retournèrent tout meurtris et trempés par l’orage,pendant que les pauvres paysans répétaient leur complainteen voyant leur moisson inondée par la pluie, et hâchée parla grêle.
Peu de jours après, une dispute semblable eut encorelieu près de Cornol , pendant que les moines levaient ladîme; la querelle s’échauffa même davantage : il se batti-rent jusque devant l’église de Saint-Vincent, et sous lesmurs d’Asuel , où ils recueillaient aussi certaine redevance.
La première faute est toujours celle qui coûte le plus à
(') Ancienne chronique.