30 —
rent ; les coups de fouet les tinrent quelque temps à dis-tance; mais quand toute la meute fut arrivée, et qu’excitéepar les hurlemens des blessés, elle s’élança sur les bœufs,leurs gardiens furent contraints de prendre la fuite versLucelle , pendant que les bœufs effrayés se précipitaient ducôté opposé, emportant la lourde charrue comme un brinde paille, brisant les haies, arrachant les buissons, et fesanttel dégât que la forêt vers laquelle ils se jetaient ne pa-raissait pas devoir les arrêter.
Le poulain, nourri dans la même écurie, les suivit parinstinct, les précédant de temps en temps, franchissant lesobstacles, comme pour leur indiquer la possibilité de lefaire, et dans cette course désordonnée et furibonde , ilstraversèrent ainsi les champs , les pâturages, une partie dela forêt, et s’engagèrent dans un chemin creux, fermé, àdessein, de bois et de cordes ('), pour arrêter les sangliersà ce passage.
Bourcard et les veneurs les avaient suivis de loin, et ilsparvinrent, non sans peine, à rappeler leurs chiens avecleurs trompes de chasse , tandis que les bœufs, hors d’ha-leine après une demi-heure de course, s’arrêtèrent forcé-ment dans les lacs tendus pour un tout autre gibier. Lebaron satisfait de la réussite de son stratagème, fit saisirles bœufs et le poulain, et les amena à petit bruit, versAsuel , à l’approche de la nuit.
Quand cette nouvelle parvint h Lucelle , elle y répanditune consternation générale et une inquiétude d’autantplus grande qu’on savait quel parti Bourcard pouvait tirerde ces otages. Certes, dix moines retenus captifs chez les
(') On appelait cette espèce de chasse kaiger , aiger, chasser à aige. Pen-dant plusieurs siècles les vassaux de l’évêque et des riches abbayes furenttenus de faire les haies plusieurs jours à l’avance. On leur donnait du pain,du fromage et un léger salaire. — Rôles du pays. — Urbaires. — Archives del’év. de Bâle .