DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
(XIX
Louis XIV ei ses successeurs se déclarent protecteurs des sciences, etleur exemple est suivi par les autres princes de l’Europe . En Angleterre,Charles II encourage la Société de Londres , établie pendant les troublesde la révolution. George III ordonne des circumnavigations, et créel’un des plus .beaux jardins botaniques de l’Europe. En Suède , Chris-tine accueille les savants, encourage leurs efforts, et la science ré-compense généreusement son hospitalité. En Danemark, Frédéric V faitexécuter des voyages de,.découvertes. La Russie , elle-même, apparaîtpour la première fois sur la scène, et se mêle avec intelligence aux tra-vaux scientifiques de cette époque. Pierre I or établit à Saint-Pétersbourg une académie ; et , comme il ne trouve pas parmi son peuple d’hom-mes capables d’y siéger, il y appelle des étrangers. L’impératrice Anneet Catherine II continuent à encourager les sciences ; et c’est d’aprèsleurs ordres que Gmelin et Pallas font connaître au monde savant lesproductions naturelles de la Sibérie . Eu Prusse, Frédéric I er établitl’académie de Berlin qui, sous Frédéric II , obtient de grands encoura-gements. En Autriche, François I er et Marie-Thérèse favorisent les pro-grès des sciences, et la Hollande met à leur service ses plus grandsartistes.
Le caractère le plus frappant du xvm e siècle, héritier des travauxdu siècle précédent, est son allure libre et dégagée. Il accepte avec em-pressement l’émancipation que lui a léguée son devancier; et, sans selaisser arrêter par une autorité dont il ne connaît plus la voix, il pénètreau fond de toutes les questions et sonde tous les mystères ; aussi levoyons-nous, dès ses premiers pas, reviser la cosmogonie génésiaque,faiblement défendue par les hommes de science, et que les orthodoxeseux-mêmes cherchent à faire concorder avec les connaissances de leurépoque. Des cosmogonies, auxquelles la tradition n’a nulle part, sur-gissent de tous côtés ; l’homme cherche à pénétrer le mystère de sonorigine, en interrogeant les monuments du passé. Les physiologistes,élevés à l’école du doute, ne se contentent plus des vaines hypothèsespar lesquelles on a cru, jusqu’à ce moment, expliquer le phénomène dela vie ; ils ont pénétré dans les profondeurs de l’organisation ; et, sous lenom A'animistes , ils attribuent à une force particulière le phénomènedes mouvements involontaires non perçus par l’intelligence ou, souscelui de sulidistes, ils en cherchent la cause dans la contractilité mus-culaire. Peu-à-peu le doute se formule et s’élève à l’état de doctrine : sonexpression la plus élevée est l’encyclopédie, qui paraît vers le milieu du