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ABE
ABE
n’a pas besoin de leçons pour remplir sesdevoirs : son instinct est son maître.
Un grand nombre d’Abeilles sont nées,l’habitation ne peut plus contenir tous leshabitants; le nombre en est prodigieux; car,selon Réaumur, une ruche peut contenir alorsplus de 2(1,426 Abeilles ouvrières, 700 mû-les et une seule femelle. Une émigration de-vient nécessaire; elle ne peut toutefois s’ef-fectuer que lorsqu’une nouvelle Reine, quiremplacera celle qui va partir en tête de lacolonie, est sur le point d’éclore. Quellesque soient les incommodités résultant decette nombreuse réunion, le départ est tou-jours retardé jusqu’à cette époque. A peinecet événement attendu est-il arrivé, qu’ungrand nombre d’Abeilles, ayant à leur têtela vieille Reine, abandonnent l’habitation.Cette colonie errante porte le nom d 'Es-saim ; les insectes qui la composent ne tar-dent pas à s’arrêter dans un endroit quel-conque, souvent sur une branche d’arbre;là , ils forment une sorte de grappe ou de côneen se cramponnant les uns aux autres aumoyen de leurs pattes. Au moment où cegroupe se fixe, la femelle reste ordinaire-ment dans le voisinage, et ne se réunit à lamasse que quelque temps après. C’est le mo-ment que doit choisir le cultivateur, pours’emparer de l’essaim et le placer dans unedemeure convenable.
Le départ est précédé de phénomènes as-sez singuliers, et s’annonce par des signesnon équivoques. Les mâles, qui viennent denaître, paraissent alors en grand nombre; plu-sieurs milliers d’habitants, ne trouvant plusde place dans la ruche, se groupent par tasau dehors. Un bourdonnement particulier sefait souvent entendre le soir et la nuit dansl’intérieur de l’habitation, ou bien on y re-marque un calme qui n’est pas ordinaire ;enfin, dès le matin du jour où la colonie doits’expatrier, le calme est encore plus parfait,et le repos succède à l’activité généralequ’on remarquait la veille.
Les Abeilles qui doivent émigrer semblentainsi prévoir l’heure du départ, qui a ordi-nairement lieu vers le milieu du jour, parun temps chaud et un ciel pur. Il paraîtraitaussi qu’elles jugent inutile d’entreprendreou d’achever des travaux dont elles ne doi-vent pas jouir. La même inaction a lieu,lorsqu’un essaim, après s’être établi dans
une demeure et y avoir commencé quel-ques travaux, se décide à l’abandonner.Une ruche donne ordinairement, pendantle printemps, trois ou quatre essaims; quel-quefois aussi elle n’en fournit aucun , lors-que les habitants sont en trop petit nombre.Dans le premier cas, les vieilles femellesse mettent toujours à la tête de la l ,a colo-nie; les autres essaims se forment, quandde nouvelles ouvrières et une nouvelleReine étant nées, la ville est de nouveau troppetite pour contenir la population. Ces émi-grations se succèdent par conséquent dansdes intervalles plus ou moins longs, maisqui ne dépassent pas!) jours, et il est curieuxde remarquer que les ouvrières savent re-tarder la naissance des Reines, jusqu’à cequ’il soit éclos un assez grand nombre d’ou-vrières pour former une nouvelle colonie :elles les constituent prisonnières dans leurspropres cellules, en renforçant le couverclequi bouche les alvéoles, et ne leur permet-tent d’en sortir que successivement, à quel-ques jours de distance les unes des autres.En vain les femelles se débattent-elles dansleurs cellules, en vain font-elles entendre unson particulier, les ouvrières ne les délivrentque lorsque le besoin le réclame, et ne laissentpas, pendant cette captivité, de leur prodi-guer les soins indispensables à leur exi-stence : un trou pratiqué dans le couverclede l’avéole permet à la Reine d’y passer l’ex-trémité de sa trompe; les ouvrières, qui s’enaperçoivent, dégorgent du miel et en répan-dent sur cet organe.
Nous avons rendu compte des phénomè-nes qui précèdent la sortie d’un essaim, et dequelques unes des causes auxquelles sembledue cette émigration. La cause prochaine eten quelque sorte déterminante de départ,est l’antipathie ou plutôt la haine que lesfemelles se portent réciproquement, et l’in-quiétude qui en résulte pour les ouvrièresqui font la garde. Ces sentinelles vigilantesharcellent de toutes parts la femelle qui doitémigrer, la poursuivent avec opiniâtreté; nesachant plus où se retirer, elle parcourt avecvitesse les gâteaux, et met en mouvementtoutes les Abeilles qu’elle rencontre surson passage. L’agitation est bientôt géné-rale ; plusieurs individus se précipitent versl’entrée de la ruche ; la Reine cédant àcette impulsion, sort, s’envole, et est aussi-