4-2
ACC
ACC
globe, pour voir chaque saison, chaque lo-calité, chaque région varier scs produits. Leséléments de l’air, de la terre et des eaux, sontaussi les éléments de la vie ; elle doit suivrel’inégalité de leurs conditions. La végétation,moins indépendante que l’être animé, inca-pable de se soustraire aux influences qui l’en-vironnent, fournit de ces exemples qui frap-pent chaque jour nos yeux. Chaque plantesubit l’alternative des lieux et des saisons;l’humidité fait prédominer l’absorption; lasécheresse, l’exhalation; l’eau, que pompentles racines, et qui sert de véhicule à l’ali-ment, emprunte plus ou moins les qualitésdu sol et fait varier ainsi les qualités des vé-gétaux; ceux d’entre eux qui vivent dans leseaux chargées d’acide carbonique, contien-nent beaucoup de carbone et sont plus durs;les champignons qui naissent sur le fumieret les détritus d’animaux sont essentielle-ment azotés; d’autres absorbent des matièressiliceuses; cnfinceux qui avoisinent les merscontiennent du sel. On sait aussi que l’ex-cès d’humidité donne un tissu aqueux et lâ-che; que son défaut nuit à la nutrition, etrend les plantes chétives et misérables. Laconstitution de l’air opère donc selon sondegré de température ou son état hygromé-trique; mais une des influences les plus mar-quées est celle de la lumière. Elle doit êtreregardée comme déterminant, en grandepartie, l’absorption de la sève, si l’on con-sidère que les plantes pompent peu d’hu-midité pendant la nuit et à l’obscurité ,que l’exhalation aqueuse est aussi plus con-sidérable de jour, et surtout aux rayonsdirects du soleil. C’est encore la lumièrequi, dans les cas les plus connus, déter-mine , dans le parenchyme des parties ver-tes , la décomposition de l’acide carboni-que, et, conséquemment, la fixation ducarbone dans les végétaux. Elle déterrnineen-core leur coloration, le degré de leur allon-gement et de leur consistance, l’intensité despropriétés sensibles et la direction de plu-sieurs de leurs organes.
Ce que nous disons des localités, nouspourrions l’étendre aux zônes de la terresoumises à de plus vastes vicissitudes sidé-rales; mais les bornes de cet ouvrage nousarrêtent. 11 reste démontré, quant à pré-sent, qu’une intime relation lie le sol à sesproduits comme la cause à l’effet, et que
celte étude approfondie doit fournir de pré-cieuses inductions à celle des acclimate-ments. C’est pourquoi nous renvoyons aumot Climat , n’ayant à nous occuper ici quedes effets qui résultent des translations.
Tout le monde sait qu’arrachée au lieude sa naissance, une plante ne parvient àvivre ailleurs qu’après avoir vaincu les pre-miers effets de la souffrance, et qu’elle ac-quiert aussi un aspect et des propriétésen harmonie avec sa nouvelle habitation.Mille faits de culture appuieraient au besoincette assertion; mais la nature elle-mêmenous offre encore des exemples de ces trans-formations. Que quelques feuilles, largesorganes respiratoires, viennent à être sub-mergées et privées du contact de l’air, leurtissu, désormais sans action, s’atrophie etprend la forme linéaire. L’Ulva compressadevient, suivant les circonstances, plantemarine, d’eau douce, ou même terrestre ;on la voit sc dégrader selon la profon-deur de sa situation marine; elle perd déjàde sa taille, devient crépue et raccourcievers les dernières lames liquides; jetée dansles terres par les hautes marées, elle vitdans quelques ruisseaux, dans les eaux sau-mâtres, et enfin dans les eaux douces, oùelle devient 1 ’Ulva confervoïdea; que l’eaudisparaisse , elle se transforme en 1 ’Ulvaterresiris. Ceci suffira pour donner une idéede la puissance des milieux; les effets deschangements de climats sur les végétaux sontd’ailleurs trop connus pour nous y arrêterdavantage.
Les animaux ne subissent pas des effetsmoins marqués de ces sortes de translations,mais les observations de ce genre, loin d’ê-tre nombreuses et complètes, comme cellesqu’on trouve dans les traités d’Agricuiture,sont, au contraire, d’une extrême rareté, etd’autant plus rares, qu’elles ont trait à desêtres plus inférieurs; aussi en viendrons-nous de suite à quelques faits qui se rappor-tent aux animaux des ordres supérieurs, etsur l’authenticité desquels le caractère mêmedes personnes qui ont bien voulu nous lescommuniquer ne nous permet pas d’éleverle moindre doute. Ces faits sont très con-cluants, bien qu’ils naissent sous l’influenceassez peu différente de deux de nos provin-ces : les chevaux et les bêtes à cornes qu’ontransporte de Ilretagne en Normandie , ac-