Band 
Tome premier.
Seite
44
JPEG-Download
 

44

ACC

ACC

maladives qu’il importe de connaître. Labatavait déjà observé la nécessité de n’opérerles translations en des climats difi'érents,que graduellement et par stations intermé-diaires, afin de prévenir les déchirements,produits par une transition trop brusque.Ainsi, la vigne, importée directement deFrance dans nos colonies des Antilles , a eubien delà peine à s’y naturaliser, tandis quele Muscat, venu de Madère et des Canaries ,y mûrit parfaitement bien. Le même auteurfait aussi observer que le temps est quelque-fois une condition indispensable pourcom-pléler certains acclimatements. « J’ai expéri-menté, dit-il, qu’ayant semé des pois quivenaient de France , ils rapportaient très peu;les seconds rapportaient davantage ; les troi-sièmes rapportaient d’une manière extra-ordinaire par le nombre et la grosseur. »Puis il ajoute :« Un habitant de ma paroisse,nommé Sellier, sema du froment qui étaitvenu de France ; il vint très bien en herbe;mais la plupart des épis étaient vides et lesautres avaient très peu de grains; ceux-ci,nés dans le pays, étant semés, poussèrentà merveille, et produisirent les épis les plusbeaux et les mieux fournis qu’on puisse ima-giner. »

Rien n’a été pins négligé que ces sortesd’observations appliquées aux animaux desclasses inférieures. La plupart vivent dansl’eau, il est vrai ; mais les différentes eauxne sont-elles pas pour eux autant de cli-mats ? On n’en a pas fait davantage pour lesinsectes qui appartiennent éminemment audomaine de l’air. Il ne sera pas sans intérêt,sans doute, de rappeler ici les expériencesde M. Beudant sur les Mollusques. Quelquesuns de ces animaux pris dans des eaux dou-ces et placés immédiatement dans de l’eausalée au degré de celle de la mer, ne tardè-rent pas à périr; mais si, au contraire, onn’opérait que par une transition graduéedans des eaux de plus en plus salées, l’accli-matement avait lieu avec quelques diffé-rences relatives aux espèces soumises à l’ex-périence. Les mêmes effets ont eu lieu pourles Mollusques marins plongés dans l’eaudouce, à la seule différence près que les es-pèces vivant sur des rochers couverts et dé-couverts alternativement par la marée, sou-vent hors de l’eau, on t résisté plus long-tempsà l’eflct de l’immersion brusque. L’acclima-

tement gradué, au contraire, s’opéra fortbien : M. Beudant conserva 5 mois des Pa-telles, des Arches, des Huîtres, des Moules,des Balanes bien portantes , en compagniede Planorbes et de Lymnées. L’Auteur a faitplus : il est parvenu à faire vivre, dans deseaux chargées de 0,31 de sel, des Mollusquesmarins, qui vivaient dans celles qui n’encontenaient que 0,04. La formation des cris-taux a été la dernière limite de l’acclimate-ment.

En ce qui touche les animaux supérieurs,on voit encore, dans le Mémoire de M. Rou-lin, que des Oies et des Paons apportés en Co-lombie éprouvèrent, dans les premiers temps,toutes les difficultés de l’acclimatement : lespontes étaient rares, composées d’un petitnombre d’œufs, dont un quart à peine ve-nait à éclore, et plus de la moitié des jeunesoisons mourait dans le premier mois. Plustard les générations s’améliorèrent ; et, pourla fécondité, l’espèce aujourd’hui diffère peude celle d’Europe . Les Poulets éprouvèrentles mêmes effets : à Cusco et dans toute lavallée, on fut plus de trente ans sans pou-voir en obtenir, tandis qu’aujourd’hui lesraces importées sont devenues fécondes. Larace anglaise, amenée depuis peu d’années,n’en est pas à ce point; et, dans les com-mencements, on s’estimait heureux d’avoirdeux ou trois Poulets sur toute une cou-vée. Il est enfin d’observation vulgaire quebeaucoup de Mammifères étrangers s’accli-matent parfaitement chez nous, tandis qued’autres ne s’y reproduisent pas ou n’y vi-vent qu’environnés des plus grands soins.L’Homme lui-même, quoique appelé cos-mopolite, n’a pas moins à souffrir de cesdéplacements, et il n’échappe le plus souventà la mort que par les précautions que sonintelligence lui indique. Deux grandes fonc-tions sont principalement intéressées, selonqu’on passe sans intermédiaire d’un climatchaud dans un climat froid, ou de celui-cidans un climat chaud : la respiration et ladigestion. Dans le premier cas, le poumonéprouve un surcroît d’activité, soit parceque la vitalité de la peau étant diminuée, lesang reflue vers les organes intérieurs, soitparce que les animaux consomment plusd’air sous un même volume à une basse tem-pérature. Lorsqu’on passe, au contraire, dansun climat chaud, l’excitation du poumon