232
AIR
AIR
large que l’on aura comparée à une aire degrange ou de plancher. Il serait difficilequ’un nid à bords relevés et formant lacoupe ne s’affaissât pas promptement sousle poids énorme de ces grandes espèces deRapaces, qui emploient à la construction duleur, suivant leur force, des branches plusou moins' grosses et résistantes. Les Vau-tours, les Gypaètes, les Aigles de mer, les pla-cent sur des rochers, à une grande hauteur etau-dessus de précipices, soit entre 2 rochesrapprochées, soit dans leurs crevasses; maisles Aigles proprement dits les construisentplus ordinairement sur les arbres élevés desforêts de montagnes. On voit par là que cesont les espèces les plus marcheuses, et quien celaofl'rcnt quelque analogie avec lesGal-linacés, qui, comme eux aussi, construi-sent leurs nids à plat, soit sur des roches oudes buissons peu élevés, soit sur le solmême, tandis que les espèces plus percheu-ses, comme les Aigles proprement dits, lesAigles-autours , les placent sur des arbres.Le même nid sert très long-temps au mêmecouple qui, chaque année, le restaure et l’aug-mente de volume. C’est ce qui explique laforme singulière et la grande hauteur de cenid de Pygargue décrit et figuré dans l’atlashistoriquedu voyage de Freycinet {PI. 13).M. Quoy y raconte que dans File de Dirck-haiichs , baie des Chiens marins, à la Nou-velle-Hollande , il aperçut sur un rocherisolé, peu élevé du côté de la terre, mais do-minant la mer du côté opposé, de 150 à 200pieds, un vaste nid en forme de tourelle, deG pieds de haut, construit en branches mor-tes de Mimosas entrelacées régulièrement,plein jusqu’à sa partie supér., et dont l’aireétait peu profonde. L’oiseau qui s’en échappaétait, dit-il, un Aigle ou un Autour à ventreblanc et a dos gris. Une infinité de tètes dekanguroos-rats, des débris d’oiseaux, deserpents, de lézards, de crustacés, de pois-sons même couvraient le sol au bas de l’aire.Il est facile de reconnaître au genre de nour-riture en partie marine de cet oiseau , qu’ildevait être un Pygargue et non un Autour, etnous sommes étonné , que M. Quoy, l’ayantvu voler à plusieurs reprises au-dessus de satête , ait pu avoir à cet égard la moindre in-certitude. Ce qu’il dit de la couleur de sonplumage ne nous laisse d’ailleurs aucun douteque ce ne fôt 1 'Aigle océanique ( Falco leu-
cogaster Tcmm. Col. 49, le Blagie de LeVaillant ) le seul de ce plumage à la Nou-velle-Hollande. Quant à l’élévation de cenid, il est facile de s’en rendre compte.Elle indique tout simplement, que jusqu’àl’époque où quelques personnes de l’expé-dition Freycinet débarquèrent dans cetteîle, un couple d’Aigles océaniques avaientjoui paisiblement et depuis longues annéesde cette demeure aérienne, résultat de leurspremières amours. Pour qu’elle eût atteintcette hauteur de 6 pieds, elle avait dûêtre restaurée et augmentée successivementpendant bien des années , et fournissait surcette petite île sauvage une preuve des plusétonnantes de la constance en amour de cebel Aigle, au plumage moitié blanc moitiégris-satin. Cook, dans son premier voyageen 1770, trouva aussi à la Nouvelle-Hollande,mais sur la côte opposée et orientale, surune lie basse et sablonneuse, un nid énorme,construit à terre avec des morceaux de boiset n’ayant pas moins, suivant ce célèbrevoyageur, de 26 pieds de circonférence sur2 pieds 8 pouces de haut. Nous tenons deM. le capitaine Duperrey même, que pen-dant son séjour à la presqu’île Péron etdans le voisinage de la pointe des Hauts-Fonds , il avait remarqué et dessiné un nidd’Aigle d’une énorme proportion , construitsur les rochers de la côte, dans une positionpresque inaccessible, et que d’après celail avait donné à cette baie le nom de Baiede l’Aigle. Cook nomma également EagleIslanJ, île de l’Aigle, celle où il avait trouvécet énorme nid.
Ce rapprochement d’observations à peuprès semblables, par 3 célèbres navigateurs ,n’est pas sans intérêt, et prouve que les nidsd’Aigles , lorsqu’ils ne sont pas détruits etque leurs premiers constructeurs ne sontpoint inquiétés ni tués , finissent par acqué-rir une dimension vraiment étonnante. Par-mi ces nids ou aires les plus remarquables,on peut encore citer celui du Messager ouSecrétaire, que cet oiseau construit en Afri-que dans les vastes plaines et sur quelquesbuissons isolés et peu élevés ; il est d’abordtrès plat, mais d’un diamètre énorme; il ac-quiert bientôt de l’épaisseur, car le Secrétairey revient chaque année au moment de lareproduction, et l’augmente en hauteur, enrebâtissant toujours sur l’ancienne construc-