448
ANA
AN A
ou seulement de l’analogie de compositionde toutes les parties de ce squelette, on estforcé d’admettre de simples conjecturespour des vérités; et, dans ce vaste champ,la manière de voir de l’Anatomie spéculati-ve varie presque autant que le nombre dessavants qui s’escriment dans cette lice : carc’est ici une véritable lutte d’opinions con-tradictoires.
Pour n’en citer qu’un exemple, rap-pelons que l’opercule des Poissons , ou sesdifférentes pièces, a été successivement con-sidéré comme l’analogue du cartilage thyroï-de divisé, comme les pariétaux détachésdu crâne, comme l’os jugal et les pièces dela mâchoire inférieure des reptiles, qui s’ytrouvent de plus que dans les poissons ;comme les analogues des osselets de l’ouïe,entin comme n’ayant pas d’analogues dansles autres classes des Vertébrés (I).
L’idée ingénieuse et profonde qu’avait eueffl . Geoffroy Saint - Hilaire, pour compa-rer la composition .osseuse des quatre clas-ses des Vertébrés, de prendre celle des Oi-seaux et des Mammifères dans le jeune âge ,ou même dans leur fœtus, avant la soudurede certains os , et lorsque cette tête est en-core divisée en un grand nombre de parties ;cette heureuse idée , remaniée par l’Anato-mie spéculative, est devenue la source detout un système sur le développement suc-cessif et graduel des animaux supérieurs.
Sans doute, le spectacle surprenant desmétamorphoses que subissent les Reptilesbatraciens et les Insectes a pu conduire àl’idée de ce système. On admet comme unprincipe fondamental de l’embryogénie queles embryons ou les fœtus des animauxsupérieurs passent par tous les degrés in-férieurs de l’organisation, à partir de celledu Polype, avant d’atteindre la perfec-tion organique de l’Oiseau ou du Mammifère .Cette hypothèse de l’Anatomie spéculative afait déterminer comme des branchies les fen-tes cervicales découvertes chez les très jeunesfœtus de ces deux dernières classes, et desreptiles non sujets aux métamorphoses.
On n’avait cependant démontré que l’exi-stence de plusieurs branches artérielles pa-raissant répondre à ces solutions de conti-
(1) Voir à ce sujet la note 1 de la page 6 desRecherches sur les ossements fossiles de G. Cu-vier t. V, première partie. Paris , 1824.
nuité de la peau, mais sans aucun appareilcapillaire pouvant caractériser un organe derespiration.
J’ai toujours considéré ces fentes appa-rentes comme un développement inégal desparois du pharynx, etc.
M. Serres, qui a publié une opinion analo-gue, vient de démontrer surabondammentque ces fissures cervicales, comme toutes lesautres ouvertures de la surface du corps dansles fœtus, sont bouchées par la membrane ré-fléchie de l’amnios, et que l’eau renferméedans ce sac membraneux ne peut y péné-trer, sinon, faut-il ajouter, par imbibition (t).
On sait que les premiers linéaments desembryons des Vertébrés se composent del’encéphale et de la moelle épinière, qui s’ymontrent avant les autres systèmes, et dansun développement proportionnel extraordi-naire.
Comment concilier cette première appa-rition des centres nerveux , cette composi-tion primitive, nerveuse, incontestable, del’embryon d’un Vertébré, avec l’idée trèshypothétique qui voudrait en faire un Poly-pe, c’est-à-dire un animal inférieur, danslequel on n’a pu découvrir jusqu’à présentde nerfs distincts?!
Ces exemples suffiront, j’espère, pour fai-re comprendre les différents degrés de cer-titude qui caractérisent l’Anatomie philoso-phique et l’Anatomie spéculative, et combiencelle-ci devient conjecturale lorsqu’elleabandonne presque entièrement la voie del’observation pour s’élever dans l’espace sansbornes des idées de pur raisonnement.
Sans doute de grands noms se rattachent àcette manière de philosopher sur l’organisa-tion et la vie ; mais la jeunesse, à laquelle cetarticle est destiné, devait être prémunie con-tre l’entraînement de ces exemples d’uneaussi puissante autorité. Cet entraînementla conduirait presque toujours hors de laligne étroite, mais sûre, de l’observation etde l’expérience, telle qu’Aristote et Cu-vier l’ont tracée pour l’histoire naturelle;telle que Bacon en a posé les bornes in-franchissables , du moins pour tous ceuxqui auront à cœur de contribuer auxprogrès réels des sciences d’observation.
(4) Comptes rendus des séances de l’Académiedes sciences . 4859, t. IX, p. 585; 4 840, premier se-mestre, p. 273.