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des rivières, et bordées, de chaque côté, d’u-ne muraille faite avec de grandes perchesentrelacées de branchages, et dont les troussont bouchés avec de la vase. C’est ce que lespécheurs appellent des gords. On en prendsurtout en grande quantité dans ces filets, àl’époque où l’Anguille descend le courantdes rivières pour se rendre à la mer, versl’eau salée ou saumâtre, afin d’y frayer.
II y a lieu de s’étonner que l’on ait per-pétué et que l’on perpétue encore les contesles plus ridicules sur la reproduction desAnguilles ; car, au milieu de toutes ces fa-bles, on trouve consignés, dans presque tousles ouvrages qui traitent de l’histoire na-turelle de l’Anguille, des faits vrais, et plusou moins déguisés dans des rapports baséssur les erreurs populaires.
L’observation que les Anguilles se ren-dent à la mer pour y frayer est, je dirai, aus-si ancienne que l 'Histoire naturelle. Elleest déjà consignée dans les Halieutiquesd’Oppien. Depuis, de très bons observa-teurs ont affirmé ces faits, et Spallanzani l’a très bien établi dans ses ouvrages, si rem-plis de faits curieux et bien observés.Ces observations ont été reproduites de nou-veau par M. Yarell dans son excellent ou-vrage.
Nos pêcheurs de la basse Seine croientque l’Anguille est oŸipare. Suivant eux,elle fraie une première fois vers la fin defévrier ou le commencement de mars, etune seconde fois au mois de septembre. Ce-pendant un fait avancé par M. de Joannis(Revue zoologique, 1859, n° 2) pourraitfaire croire à la viviparité, ou mieux, à l’o-vo-viviparité de l’Anguille. Un paysan lui adit qu’ayant mis une grosse Anguille entredeux plats, et l’ayant ensuite découverte àson retour à la maison, après le tra-vail aux champs, il la trouva entourée deplus de deux cents petites Anguilles lon-gues d’un pouce et demi à deux pouces,grosses comme des fils et presque.blanches.M. de Joannis n’a d’ailleurs pas vu cetteponte ; il ne la rapporte que sur l’assertiond’un homme qui n’était pas en état de bienobserver. La longeur, la couleur et la gros-seur indiquées pour les petits nouveaux-nés,me portent à croire que 1’,Anguille en ques-tion s’était débarassée d’une grande quan-ité d’Ascarides ou de Claires, sortes d’intes-
tinaux dont ces poissons nourrissent quel-quefois des masses surprenantes. L’innom-brable quantité de petits produite par l’An-guille me ferait croire au mode de repro-duction ovipare. Elle fraie dans la vase,après une sorte d’accouplement ; c’est-à-dire que le mâle se place près de la femelle ,et, le plus souvent, les individus sont têtebêche. Us exécutent tous deux des mouve-ments qui font dire aux pêcheurs qu’ils sefrottent le ventre l’un contre l’autre ; lemâle arrose de sa laitance les œufs que pondla femelle, de sorte que l’accouplement estanalogue et comparable à celui des grenouil-les et des crapauds, dont le mâle arroseles œufs de sa laitance, et les féconde aufur et à mesure que le chapelet qui les con-tient est expulsé par la femelle. Il paraîtmême que quelquefois plusieurs Anguillesde sexe différent se tiennent entrelacées.Je ne pense pas que les œufs de l’Anguillesoient isolés ; je les crois réunis ensemblepar une viscosité analogue à celle qui réu-nit les œufs de nos Perches d’eau douce.Ces œufs forment de petits pelotons en for- *me de boules arrondies. Je ne sais pas sichaque boule contient tout ce qu’a ponduune même Anguille, ou si une femelle pro-duit plusieurs de ces pelotes. Les petits é-closent bientôt, et restent, pendant les pre-miers jours de leur naissance, réunis dansces pelotes, que les pêcheurs des rives dela Loire, au dessous de Nantes , vont ramasseret jeter dans des étangs qu’ils veulent peu-pler d’Anguilles . Quand les petits ont atteint4 à 5 centim. de longueur, ils se débarras-sent des liens qui les retenaient ainsi pelo-tonnés , et ils semblent alors adhérer à laplage qu’ils paraissent encore sucer. Ceciexplique pourquoi l’on dit que les Anguillesnaissent du limon ou de la vase de la mer.Quand ces poissons ont acquis quelques for-ces, ils remontent tous en bandes serréesle fleuve principal ou ses affluons : ils re-çoivent alors le nom de Montée. Us se ré-pandent ainsi dans toutes les eaux avoisi-nantes. La quantité de ces poissons est sigrande dans certaines rivières, qu’on nesaurait s’en faire d’idée sans l’avoir vue. Onen prend la charge de chevaux sur les bordsde la Loire. Quand les petites Anguilles ontatteint 10 à 12 centimètres, elles sont gros-ses comme un tuyau de plume, le plus