EUE
OIE
482
L’Onagre est (te la grandeur d'un Chevalde moyenne taille; sa tète est lourde; sesoreilles sont moins longues que celles de nosBaudets communs. Son pelage est d’un grisou d’un jaune brunâtre. Une longue bandebrune s’étend sur la ligne dorsale d’un boutdu Corps à l’autre, et le poil qui la formeest floconneux et ondoyant, même pendantl’été. En hiver, cette espèce de crinière estmoins distincte, parce que le corps entier secouvre d’une toison semblable. Une ou deuxbandes grises coupent en croix cette lignelongitudinale à la hauteur des épaules. Lescôtés de l’encolure sont sillonnés de lignesque forment des bouquets de poils relevés àcontre-sens (épis).
Cette espèce sauvage était bien connuedes anciens. On la trouve mentionnée dansles livres de Moïse , et même ce législateur lacroyant d’une autre espèce que l’Ane domes-tique, défendit de les accoupler. Plus tard ,cet animal figura dans ces fêtes somptueu-ses que les empereurs donnaient au peupleromain , comme pour le dédommager de laperte de sa liberté. D’après Jules Capitolin,l’empereur Gordien nourrissait entre autresanimaux rares 30 Anes sauvages, et Philippeen fit paraître une vingtaine dans les jeuxséculaires. Depuis, on avait presque perdude vue cet animal, lorsque Pallas le retrouvaet le décrivit avec son exactitude ordinaire,lors de son voyage en Russie , en 1773.
L’Ane parait avoir la même patrie que leCheval ; mais, partis sans doute d’un mêmecentrede création,l’un fut porté plus au nord,l’autre plus au midi. Dans ses migrationspériodiques, l’Onagre descend jusqu’au golfePersique , et jusqu’à la pointe sud de l’fn-dostan. En revanche, il ne parait pas dépas-ser au nord le 45 e degré de latitude. Dansces voyages, il suit la même tactique que leCheval. Réunis en hordes innombrables,les Anes sauvages traversent les déserts del’Asie sous la conduite de chefs dont les or-dres sont exécutés avec une admirable ponc-tualité. S’ils viennent à être attaqués par lesLoups, ils se rangent en cercle, en plaçant aucentre les Poulains et les vieillards, frappentleurs ennemis des pieds de devant, les dé-chirent par de cruelles morsures, et rempor-tenttoujours lavictoire. Mais l’Onagre trouvedans l’homme un ennemi plus redoutable.Celui-ci lui déclare la guerre pour améliorer ]
ses races domestiques, pour s’emparer de sapeau, avec laquelle il fait le chaqrin, pour senourrir de sa chair, qui passe en Tartariepour un mets des plus délicats. La rapiditéde sa course le dérobe assez facilement àune attaque ouverte; mais il se laisse pren-dre aux pièges, aux nœuds coulants, et donnesouvent dans les embuscades que lui ten-dent ces peuples chasseurs.
Si le Cheval n’existait pas, a dit Buffon ,l’Ane serait pour nous le premier des ani-maux. C’est la comparaison qui le dégrade.L’Ane sauvage et le Cheval redevenus libressont à peu prés de même taille ; mais l’Ona-gre est plus fort et plus agile. Pourquoi doncl’un est-il l’objet de tant de sollicitude, l’au-tre de tant de dédain ? Cette différence lientsans doute à la supériorité intellectuelle duCheval. Toutefois,nous aurions tort de jugerl’espèce de l’Ane d’après les échantillonsabâtardis par les mœurs et un climat tropfroid que nous trouvons dans nos campa-gnes. En Perse, où l’on élève avec soin lesAnes domestiques, l’espèce s’est remarqua-blement anoblie. Leur taille égale celle desChevaux; leurs formes sont devenues svel-tes, leur physionomie animée et intelligente.Employés à tous les usages qui, chez nous,sont l’apanage des Chevaux, ils rendent lesmêmes services ; et la rapidité des Anes deselle est si bien connue que les riches Per-sans préfèrent cette monture à toute autre.
HL L’Hémione ou Dziggetai, E. hemio-tius Pallas. — Aristote et Elien avaient déjàmentionné cet animal comme distinct dol’Ane sauvage et du Mulet métis. Les mo-dernes l’avaient perdu de vue, lorsque Mes-serschmidt le reconnut et le rapporta auMulet fécond d’Aristote . Mais ce fut Pallasqui, dans un de ses beaux Mémoires, le dé-crivit le premier avec beaucoup de soin, etlui donna le nom qui lui a été conservé.
L’Hémione mérite complètement son nompar la ressemblance qu’il offre à la fois avecle Cheval par les parties antérieures dutronc, avec l’Ane par les postérieures. La têteprésente le même mélange ; par sa grosseurelle rappelle celle de l’Ane, et celle du Chevalpar sa forme. On peut en dire autant desoreilles qui, un peu moins longues que cel-les de l’Ane, se rapprochent de celles du Che-val par leur coupe et par leur implantation.Un trait qui n’appartient à aucune des deux